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vendredi 4 octobre 2013

47 - Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants

Auteur : Mathias Enard
Éditeur : Actes Sud
Publié en : 2010

Ce n'est jamais très risqué de se lancer dans un Goncourt des Lycéens, et je prends de plus en plus de plaisir à découvrir les différents ouvrages qui ont obtenu ce prix. En 2010, Mathias Enard était ainsi récompensé avec ce titre, Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants, qui trône depuis un moment déjà dans ma bibliothèque et que je n'avais encore pas eu l'occasion de lire. CaroLire me donne l'excuse parfaite pour enfin me lancer dans cette histoire.

On peut dire que cet ouvrage est un condensé d'originalité. L'histoire, pour commencer, relate une période de la vie du célèbre Michel-Ange, quelques années avant qu'il ne peigne ses chefs-d’œuvre de la chapelle Sixtine. Se sentant abandonné par le pape Jules II dont il doit réaliser le tombeau, Michel-Ange accepte de se rendre auprès du sultan Bajazet, à Istanbul, afin de construire un pont sur la Corne d'Or. Entre le travail même de l'artiste, débordant de génie et de passion, et sa découverte de ce pays si exotique et différent du sien, les chapitres vont nous plonger dans un doux rêve oriental dont on ne se réveillera qu'à la fin du livre. Car l'originalité de ce roman réside également dans sa construction en très courts chapitres, et dans la poésie qui s'en dégage crescendo jusqu'au point final.

Je n'ai aucune réserve concernant cet ouvrage, car même si on est dérouté par les premières minutes de lecture, l'envoûtement arrive suffisamment tôt pour nous happer et nous laisser avec un sentiment de douce mélancolie au moment de replacer ce chef-d’œuvre dans la bibliothèque... Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants est un véritable conte enchanteur, à lire, à découvrir, à savourer.


"Les rois sont des sauvages qui tuent leurs chevaux sous eux ; il y a bien longtemps qu'ils n'offrent plus d'éléphants à leurs princesses."

"Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l'amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples."


"Combien faudra-t-il d’œuvres d'art pour mettre la beauté dans le monde ?" 



 
 

samedi 19 janvier 2013

03 - Je vous apprendrai la peur

Auteur : Nikolaj Frobenius
Éditeur : Actes Sud (collection Lettres scandinaves)
Publié en : 2011

Nous sommes aujourd'hui le 19 janvier, jour anniversaire du célèbre écrivain Edgar Allan Poe, et c'est par le plus grand des hasards que je referme aujourd'hui ce roman de Nikolaj Frobenius qui nous relate la vie de l'auteur, de manière romancée.

Rufus Griswold est un célèbre anthologiste et critique littéraire, entre autres connu pour son hostilité envers l’œuvre d'Edgar Allan Poe, son contemporain. Nikolaj Frobenius part de ce fait réel pour nous livrer ici une histoire où les vies de ces deux hommes sont entremêlées. Le premier est un fervent croyant persuadé d'être investi d'une mission divine, s'acharnant ainsi sur un Edgar Allan Poe impie, qui laisse transparaître dans son œuvre sa fascination pour la mort, le morbide, la souffrance. C'est ainsi que va naître un mélange de haine et de fascination entre les deux hommes, qui va être le fil conducteur de ce roman, entrecoupé de différents événements de la vie de Poe. Mais un 3e personnage viendra pimenter un peu cette histoire, Samuel Raynolds, un jeune esclave albinos qu'Edgar va prendre sous son aile, et qui va le vénérer au point de considérer les écrits de son "maître" comme des prophéties qui doivent absolument se réaliser...

Nikolaj Frobenius nous décrit ici le portrait d'un génie torturé, incompris, qui attend vainement une reconnaissance qu'il n'aura réellement que bien tardivement. Orphelin très tôt, Edgar Allan Poe grandit dans une famille d'accueil aisée dans laquelle il se sent prisonnier des bonnes manières de la société qu'on lui impose et qu'il fuira afin de pouvoir laisser son imagination et son talent s'épanouir. De désillusion en désillusion, il parcourt les villes à la recherche de la reconnaissance de ses pairs, mais vivra toute sa vie dans la misère et la faim. Je connais très peu sa véritable vie, et je n'ai lu que ses Histoires extraordinaires, je ne suis donc pas à même de démêler le vrai du romancé dans cette biographie. Mais cela ne m'a pas empêché de bien cerner le personnage, et de finir par éprouver pour cet être plein de rage, de colère, de noirceur, une fascination bien réelle. 

L'écriture de Nikolaj Frobenius fait très bien ressortir cette ambiance sombre, baroque, pesante, qui a semblé planer sur la vie d'Edgar Allan Poe comme sur ses histoires. Mon seul regret est de ne pas avoir eu le temps de lire quelques uns de ses poèmes avant de me lancer dans ce roman si passionnant.

Merci à Gaenaria de m'avoir prêté ce livre envoûtant.



"La peur est constamment tapie en nous, pensera-t-il quelques années plus tard. Le jour, nous cherchons à nous la dissimuler, mais la nuit, nos pensées prennent le dessus. Tout ce que nous faisons est gouverné par la peur ou par le désir que nous avons de nous y soustraire."

"La foule le choque. Il l'aime. Il la hait et la craint pour ce qu'elle peut lui faire. Il la condamne et l'envie."

"Une passion si déchirante pour la mort qu'il n'a pas su aimer quelqu'un d'autre."

mardi 22 mai 2012

21 - La maison où je suis mort autrefois

Auteur : Keigo Higashino
Éditeur : Actes Sud
Écrit en : 1994

Gros coup de cœur d'Ylgana, et voguant sur mon intérêt encore récent et inassouvi pour la littérature japonaise, ce titre de Keigo Higashino me faisait de l’œil depuis quelques temps déjà. Le moment est donc venu pour moi de me plonger dans cette étrange histoire...

Sayaka est une jeune femme mariée à un homme souvent absent et indifférent aux affaires familiales, mère d'une petite fille qu'elle maltraite. Après avoir été contrainte de confier sa fille à sa belle-famille car elle est incapable de s'en occuper, elle décide de chercher la source de ce comportement dans sa propre enfance, dont elle n'a bizarrement aucun souvenir jusqu'à l'âge de 5 ans. Suite à la mort de son père, elle découvre une étrange clé en forme de tête de lion et pense que la maison qu'elle ouvre recèle tous ses souvenirs. Afin de l'aider, car elle sait qu'elle ne peut y arriver seule, Sayaka fait appel à son amour de jeunesse qu'elle n'a pas revu depuis des années, et qui a publié dans une revue scientifique un article sur la maltraitance des enfants. Ils arrivent donc ensemble dans cette maison mystérieuse, dans laquelle le temps semble s'être arrêté 23 années plus tôt...

J'ai tout simplement a-do-ré cette histoire de Keigo Higashino. Du début à la fin, on vit cette quête dans une atmosphère oppressante, pesante, dans laquelle on avance silencieusement, sur la pointe des pieds. Je me suis surprise à arrêter de respirer à certains passages, ou encore à avoir le cœur qui battait bien trop vite à d'autres. C'est une histoire totalement addictive, quand on la commence, on ne peut rien faire d'autre qu'y penser encore et encore, on n'en sort jamais vraiment, jusqu'à la révélation... Un livre incontournable, superbement écrit, dans ce contexte japonais si particulier que j'affectionne tant...

Keigo Higashino a écrit d'autres livres traduits en français, je compte bien les découvrir bientôt !

mercredi 11 janvier 2012

02 - Cyanure

 Auteur : Camilla Läckberg
Éditeur : Actes Sud
Année : 2011 

Depuis plusieurs semaines je vois la couverture de cet ouvrage dans la sélection des livres les plus populaires de la semaine de Babelio. Lorsqu'une collègue a proposé de me le prêter, c'est donc uniquement par curiosité "populaire" que j'ai accepté.

Cyanure est un roman de 156 pages, court heureusement puisque je me suis un peu ennuyée à sa lecture. On ne peut pas dire que je sois une habituée du genre, cependant je n'ai rien trouvé de nouveau, ni d'original, dans ce drame familial. On a une magnifique maison, isolée du reste du monde par sa situation géographique et par une terrible tempête. On a une famille, dirigée par un grand-père excessivement riche, dont tout le monde se dispute les faveurs en vue d'obtenir l'héritage à sa mort. Et on a un meurtrier, que Martin, un flic qui est là pour le weekend, va tenter désespérément de démasquer.

Le cadre est donc connu, le suspense est présent, l'histoire se tient et est bien écrite, mais... il  n'y a pas eu le petit truc qui éveille ma curiosité, et c'est bien dommage.