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dimanche 12 février 2017

03 - Beignets de tomates vertes

Auteur : Fannie Flag
Éditeur : J'ai Lu

Nous sommes en Alabama, dans les années 80. Evelyn est une femme au foyer de 40 ans qui a totalement perdu confiance en elle, perdu le sens de la vie. Mais elle fait la connaissance dans une maison de retraite de Ninny Threadgoode, une vieille femme avec qui elle va rapidement lier une amitié sincère, et qu'elle viendra visiter tous les dimanches. À chacune de ces rencontres, Ninny va lui faire partager la vie de sa famille et des habitants du petit village de Whistle Stop, dans un Alabama des années 30 en pleine crise. Nous allons donc, aux côtés des deux femmes, faire la connaissance d'Idgie et Ruth, qui gèrent le Whistle Stop Café et servent entre autres les délicieux beignets de tomates vertes, et de toutes les personnes qui vont graviter autour d'elles au fil des années...

On m'avait déjà vanté les mérites de cet ouvrage, et c'est avec beaucoup de curiosité que je me suis lancée dans sa lecture. Fannie Flag a du talent, et dès la première page, on est transporté dans cette Amérique profonde, aux côtés des membres de la famille Threadgoode, d'Idgie en particulier, qu'on ne peut qu'apprécier... On s'attache aux personnages, on vit leurs aventures comme si on faisait partie de la famille, comme si on y était. La magie de la littérature est là, dans ce roman témoin d'une époque révolue, un temps où tout était loin d'être rose, mais où on savait apprécier la valeur de la vie, les petits moments et les peines qui remplissent une existence... Et ça, c'est un message qu'Evelyn avait besoin d'entendre, et qui va l'aider petit à petit à reprendre sa vie en main.

Beignets de tomates vertes est un roman très touchant, qui nous fait voyager, très facile à lire, drôle et triste, dans lequel les personnages et les émotions sont réels, un témoin de l'Histoire... Un ouvrage que je recommande chaudement !

Un grand merci à Ellane, qui encore une fois m'a mis dans les mains un ouvrage qui n'aurait jamais attiré mon attention en librairie, et qui m'a prouvé une fois de plus que sortir de temps en temps des sentiers battus fait drôlement du bien ^_^


vendredi 25 septembre 2015

20 - La couleur des sentiments

Auteur : Kathryn Stockett
Éditeur : Éditions Jacqueline Chambon

Jackson, Mississippi, dans les années 60. Aibileen et Miny sont noires et vivent au quotidien, tout comme leurs amies, les injustices, la ségrégation, l'humiliation. Certes, l'esclavage est aboli, mais un Noir ne peut prétendre à rien, ne peut pas dire ce qu'il pense, ne peut aller dans le même hôpital, la même école, les mêmes magasins que les Blancs, n'a même pas le droit d'utiliser les mêmes toilettes que les Blancs. La moindre digression peut l'envoyer en prison, voire pire. Mais tous les Blancs ne pensent pas de cette manière, et lorsque Miss Skeeter se met en tête d'écrire en secret un livre, recueil de témoignages des bonnes Noires de Jackson, Aibileen et Miny décident de passer outre leur peur et de convaincre d'autres bonnes de se joindre à elles pour raconter à Miss Skeeter leur quotidien. Cela donnera lieu à des témoignages durs, qu'on peut difficilement imaginer, mais également à des récits plus émouvants. Car heureusement les mentalités changent petit à petit, et Miss Skeeter n'est pas la seule Blanche comprendre les injustices subies par les Noirs... Reste la question du livre. Quel sera son accueil dans cette ville du Mississippi si empêtrée dans ses traditions ? Et, surtout, quelles en seront les conséquences ?

La couleur des sentiments est un livre très prenant, très dur, mais également très émouvant, à l'image de ces témoignages qu'on découvre au fur et à mesure de l'histoire. C'est très bien écrit, et, une fois qu'on a passé outre le dégoût et la honte de ce que ces personnes ont pu subir (et subissent malheureusement encore de nos jours), on prend beaucoup de plaisir à suivre Aibileen, Miny et Miss Skeeter, et on s'y attache très facilement. D'autres personnages secondaires sont tout aussi sympathiques et émouvants, aussi bien des Blancs (Miss Celia, Mae Mobly) que des Noirs (Constantine). Et on a juste envie de trucider (excusez-moi du terme) certains autres, encore une fois Blancs (Miss Hilly) ou Noirs (le mari de Miny). Et c'est l'un des aspects que j'ai particulièrement apprécié ici, cette manière qu'a Kathryn Stockett de nous immerger dans une société où Blancs et Noirs sont totalement séparés par les mentalités, les lois et les traditions, tout en nous montrant que chez les uns ou chez les autres il peut y avoir du bon comme du mauvais, et qu'au fond ils ne sont pas dissemblables.

Ce qui ressort de cette lecture, au final, c'est l'espoir. Oui, c'est un témoignage dur, sans concession, de la ségrégation, mais qui ne s'attarde pas tant que ça sur ce qui est, en s'attachant tout particulièrement à ce qui peut être changé, et à la volonté de certaines personnes appartenant à ces deux peuples, qui se battent pour la paix et l'égalité, pour la reconnaissance des droits de chacun, à une période où Martin Luther King soulève les foules et proclame haut et fort les paroles que nous connaissons aujourd'hui par cœur, et qui vont profondément marquer nos esprits.


Hilly Holbrook présente sa proposition de loi pour des installations sanitaires réservées aux domestiques. Une mesure de prévention des maladies. Installation de toilettes à bon marché dans votre garage ou dans un appentis extérieur pour les maisons ne disposant pas encore de cet important équipement. Mesdames, savez-vous que : 
— 99 % des maladies des Noirs sont transmises par l’urine. 
— Nous pouvons être handicapés à vie par la plupart de ces maladies, faute d’être protégés par les facteurs d’immunité que les Noirs possèdent en raison de leur pigmentation plus foncée. 
— Les Blancs sont porteurs de certains germes qui peuvent également être nocifs pour les Noirs. 
Protégez-vous. Protégez vos enfants. Protégez votre bonne. Ne nous remerciez pas ! 
Signé : Les Holbrook. 

Vous voyez, je pense que si le Bon Dieu avait voulu que des Blancs et des Noirs restent aussi longtemps ensemble et aussi près pendant la journée, il nous aurait fait incapables de voir la couleur. 

Nous sommes simplement deux personnes. Il n’y a pas tant de choses qui nous séparent. Pas autant que je l’aurais cru.

  

mercredi 16 septembre 2015

19 - Qui a peur de la mort ?

Auteur : Nnedi Okorafor
Éditeur : Eclipse

Cela fait déjà un moment que ce livre me fait de l’œil, et son succès m'a fait sagement attendre mon tour à la bibliothèque. Lorsque j'ai enfin pu en lire les premières lignes, j'ai difficilement pu le refermer jusqu'à la dernière...

Onyesonwu, dont le nom signifie littéralement Qui a peur de la mort ?, est une ewu, c'est-à-dire née du viol d'une femme Okeke par un homme Nuru. Dans cette Afrique post-apocalyptique, être ewu est une malédiction. Rejetée par les Okeke aussi bien que par les Nurus, Onye, guidée par la colère et le désir de vengeance envers son père et envers les cruautés subies par le peuple Okeke, va au devant de sa destinée, étant tout à fait consciente que sa route est semée d'embûches et que seule la mort l'attend au bout du chemin. Heureusement elle pourra compter sur ses amies, qui ont su passer outre sa nature d'ewu et comprendre son combat, et sur son compagnon, un ewu comme elle.

Qui a peur de la mort ? nous confronte aux traditions africaines les plus secrètes, les plus cruelles, comme l'esclavage, l'excision, le viol, la place des femmes au sein de la société... Mais nous sommes également plongés au cœur des croyances, de la religion, de la magie, du folklore africain. Ce mélange de réel et de fantastique en fait un roman tout à fait prenant, à la fois documentaire et quête initiatique, même si le lecteur lambda (donc moi) est bien incapable de savoir à quel point les faits sont inspirés des réalités de ces pays d'Afrique dont on sait si peu de choses. Et pour ne rien gâcher, l'écriture est belle, fluide, et facile...

J'ai adoré ce livre, malgré quelques longueurs dont on aurait bien pu se passer, et je le recommande chaudement.


Nous restâmes là, à nous regarder, un instant.
- Tu as des yeux de tigre, dit-il. Et ces animaux se sont éteints voilà des décennies.
- Vous avez des yeux de vieillard, rétorquais-je. Et les vieillards n'en ont plus pour longtemps. 

Selon une ancienne loi, le premier fils né hors mariage du chef devait remplacer son père. Le père du chef avait contourné cette règle en se mariant avec toutes les femmes avec qui il avait des relations. À sa mort, il avait plus de 300 épouses.

  

vendredi 18 avril 2014

19 - Wicked

Auteur : Gregory Maguire
Éditeur : Bragelonne
Publié en : 2011

C'est la tête encore pleine de ma lecture récente du Magicien d'Oz que je me lance dans Wicked, qui nous relate la Véritable Histoire de la Méchante Sorcière de l'Ouest. Souvenez-vous, cette sorcière est celle que la jeune et innocente Dorothée avait réduite à néant en lui lançant un seau d'eau, un liquide qui lui est fatal. Nous savons donc tous qui est cette sorcière et quelle est sa fin, mais c'est son histoire qui nous est ici contée par Gregory Maguire.

Toute histoire a un commencement, et celle d'Elphaba débute bien entendu par sa naissance. De père pasteur unioniste et de mère aux mœurs douteuses, nul ne sait réellement pourquoi la petite Elphie est née verte avec des dents pointues et acérées, une apparence qui lui vaudra depuis toute petite la répulsion du "commun des mortels". Nous suivrons la future Sorcière au long de ses trois premières années, puis bien plus tard, à l'université, et nous la verrons évoluer au fil du temps et des événements jusqu'à devenir celle que nous connaissons dans l’œuvre de L. Franck Baum. De caractère indépendant et curieux, la jeune Elphaba s'efforcera de comprendre les notions qui gouvernent le pays d'Oz et d'affronter ses injustices. Car Gregory Maguire nous a concocté un pays riche religieusement, culturellement et politiquement, en perpétuel conflit et bien loin de ce "monde des Bisounours" décrit dans l’œuvre originale. Entre religion, dictature, révolutions, ségrégation, sacrifices et esclavage, Elphaba va finir bien malgré elle par trouver sa voie... Et une chose en amenant une autre, il est de mon avis bien impossible de ne pas éprouver finalement de la sympathie pour la Méchante Sorcière de l'Ouest... (et beaucoup d'antipathie pour Dorothée, mais ce n'est pas le sujet).

Une excellente idée que cette histoire, très bien écrite, originale et pleine d'intérêt... Wicked est un livre que je recommande sans hésiter.


- Tu as reconnu que tu étais curieux. Si ! Alors, pourquoi ne pas s'offrir ça pour la fin du trimestre?
- Je regrette d'avoir dit ça. Je suis curieux de la mort, aussi, mais ça peut attendre, merci. 

Peut-être qu'un foyer est l'endroit où l'on n'est jamais pardonné, pour que l'on y reste toujours, enchainé par culpabilité. Et peut-être cela vaut-il le prix a payer.  

- Quelle est la différence entre une étoile filante et une maison qui tombe ? 
- Et bien, l'une exauce un vœu dans un trait de lumière, et l'autre écrase l'odieux dans un pet de sorcière !

vendredi 15 février 2013

09 - Le retour de Silas Jones

Auteur : Tom Franklin
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2012

Très fortement conseillé par Ellane, ce roman de Tom Franklin me faisait de l’œil depuis un bon moment déjà. Et c'est avec beaucoup de plaisir et de curiosité que je me suis lancée dans cette lecture du Retour de Silas Jones.

Après quelques années d'absence, Silas Jones revient dans son village du Mississipi, afin d'y occuper la fonction de constable (agent de police). Lorsqu'il découvre un homme, Larry, aux portes de la mort après s'être fait tirer dessus, Silas se rappelle son passé dans cette campagne ; son amitié secrète avec ce jeune garçon Blanc ; sa jeunesse en tant qu'enfant Noir vivant à une époque où les races s'acceptent mais ne se mélangent pas ; son départ pour la Marine, qui l'a éloigné pendant plusieurs années des événements de son village. Pendant son absence, Larry, déjà mal aimé de ses compatriotes, a été accusé de la disparition et du meurtre d'une jeune fille. Il est ainsi devenu un paria, détesté de tous. Un drame qui refait surface suite à une nouvelle disparition, peu avant que Larry se fasse tirer dessus. Y a-t-il un rapport entre ces deux faits ? Larry est-il coupable de ces crimes ? Entre enquête et souvenirs, Silas va tenter peu à peu de recoller tous les morceaux de ces tragédies et de lever le voile sur son passé...

Ce livre est un pur plaisir à lire. Certes, l'intrigue, tout en étant attrayante, n'est en rien originale. Mais l'intérêt de cette histoire ne réside pas dans son contenu, mais bien dans sa forme. Car Tom Franklin possède une plume magnifique qui donne vie à tout ce qu'il écrit... On s'attache sans difficulté aux personnages, aux paysages, aux petits moments de la vie de chacun. On vit cette lecture sans se presser, en prenant le temps de savourer cette prose. Et tout au long de cette narration, jamais on ne s'ennuie. Tom Franklin nous parle de la vie dans un petit village du Mississipi, des relations père-fils, de la violence, de la ségrégation, mais toujours avec beaucoup de justesse et de pudeur, et avec une telle poésie des mots que le message passe sans effort.

Un vrai régal, je vous conseille très fortement de lire Le retour de Silas Jones.


"Il avait toujours supposé que la colère ressentie par les Noirs était une réaction à l’attitude des Blancs envers eux. C’est vous qu’êtes responsables de tout ! Mais si un Blanc voulait être ami avec un Noir, lui offrait des cadeaux et même un endroit où habiter, le Noir ne devrait-il pas lui en être reconnaissant ?"

"Il regagna la cabane à travers la forêt qui s’assombrissait, conscient que toutes ces terres – plus de deux cent cinquante hectares – appartenaient, ou appartiendraient à Larry. Et Silas qui, lui, n’avait rien, leva la tête vers le ciel qui avait maintenant disparu. On ne distinguait même plus la cime des arbres, tandis que la nuit descendait le long des lianes. Il se mit à courir, effrayé non pas par les ténèbres envahissantes, mais par la colère qui lui rongeait les côtes."

"Silas la suivait sans se rendre encore compte combien le manteau symbolisait la défaite, la honte, la perte et le désespoir. Après s’être montré à ce point incapable de comprendre, il voyait clairement comment le garçon d’alors était devenu l’homme qu’il était aujourd’hui."