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mercredi 28 juin 2017

05 - Le portail

Auteur : François Bizot
Éditeur : Folio

François Bizot est un anthropologue français, spécialiste du bouddhisme du Sud-Est asiatique. En 1971, au Cambodge, il est fait prisonnier par les Khmers rouges, et retenu plusieurs mois en captivité par un lieutenant de Pol Pot, Douch, avec lequel il établira un lien privilégié qui le mènera à la liberté. De tous les détenus présents dans le camp, lui seul en sortira vivant. Dans Le portail, il nous raconte sa détention et la chute de Phnom Penh, qu'il a vécue jusqu'à l'évacuation de la ville.

Avant qu'on me mette cet ouvrage dans les mains, je ne connaissais rien de François Bizot, du Cambodge ou des Khmers rouges. J'ai cette honte de ne m'être jamais intéressée à ce sujet (et la honte qu'on en parle si peu voire pas tout tout dans nos manuels scolaires...). C'est donc en aveugle totale de l'Histoire de ce pays que je me suis plongée dans ce récit, que j'ai découvert au fur et à mesure, avec effarement. Car les Khmers rouges ont commis un véritable génocide dont personne ne parle, décimant 21% de la population cambodgienne de l'époque...

François Bizot nous relate les faits tels qu'il les a vécus, avec sa connaissance de l'instant, ses émotions de l'instant, ses souvenirs de l'instant... Et c'est, je pense, ce qui fait la force de son récit, le lecteur est plongé dans le moment présent, et le réalisme de cette époque nous prend à la gorge à chaque page... Le tout servi par une écriture fluide et travaillée, et qui sait rendre l'information facilement accessible au lecteur.

Plus qu'une "lecture intéressante", Le portail est un témoignage historique essentiel à mettre entre toutes les mains... Je ne prétends pas avoir compris tous les rouages politiques de cette période, ni les tenants et les aboutissants des événements dont nous parle l'auteur. Il est évident que d'autres lectures sur le sujet seront nécessaires pour réellement comprendre ce qui s'est passé et appréhender toute l'horreur de ce génocide. 

Je remercie chaudement celui qui m'a mis ce livre entre les mains, m'ouvrant ainsi les yeux sur le Cambodge et cette période de son Histoire qui ne doit surtout pas tomber dans l'oubli.

 

vendredi 25 septembre 2015

20 - La couleur des sentiments

Auteur : Kathryn Stockett
Éditeur : Éditions Jacqueline Chambon

Jackson, Mississippi, dans les années 60. Aibileen et Miny sont noires et vivent au quotidien, tout comme leurs amies, les injustices, la ségrégation, l'humiliation. Certes, l'esclavage est aboli, mais un Noir ne peut prétendre à rien, ne peut pas dire ce qu'il pense, ne peut aller dans le même hôpital, la même école, les mêmes magasins que les Blancs, n'a même pas le droit d'utiliser les mêmes toilettes que les Blancs. La moindre digression peut l'envoyer en prison, voire pire. Mais tous les Blancs ne pensent pas de cette manière, et lorsque Miss Skeeter se met en tête d'écrire en secret un livre, recueil de témoignages des bonnes Noires de Jackson, Aibileen et Miny décident de passer outre leur peur et de convaincre d'autres bonnes de se joindre à elles pour raconter à Miss Skeeter leur quotidien. Cela donnera lieu à des témoignages durs, qu'on peut difficilement imaginer, mais également à des récits plus émouvants. Car heureusement les mentalités changent petit à petit, et Miss Skeeter n'est pas la seule Blanche comprendre les injustices subies par les Noirs... Reste la question du livre. Quel sera son accueil dans cette ville du Mississippi si empêtrée dans ses traditions ? Et, surtout, quelles en seront les conséquences ?

La couleur des sentiments est un livre très prenant, très dur, mais également très émouvant, à l'image de ces témoignages qu'on découvre au fur et à mesure de l'histoire. C'est très bien écrit, et, une fois qu'on a passé outre le dégoût et la honte de ce que ces personnes ont pu subir (et subissent malheureusement encore de nos jours), on prend beaucoup de plaisir à suivre Aibileen, Miny et Miss Skeeter, et on s'y attache très facilement. D'autres personnages secondaires sont tout aussi sympathiques et émouvants, aussi bien des Blancs (Miss Celia, Mae Mobly) que des Noirs (Constantine). Et on a juste envie de trucider (excusez-moi du terme) certains autres, encore une fois Blancs (Miss Hilly) ou Noirs (le mari de Miny). Et c'est l'un des aspects que j'ai particulièrement apprécié ici, cette manière qu'a Kathryn Stockett de nous immerger dans une société où Blancs et Noirs sont totalement séparés par les mentalités, les lois et les traditions, tout en nous montrant que chez les uns ou chez les autres il peut y avoir du bon comme du mauvais, et qu'au fond ils ne sont pas dissemblables.

Ce qui ressort de cette lecture, au final, c'est l'espoir. Oui, c'est un témoignage dur, sans concession, de la ségrégation, mais qui ne s'attarde pas tant que ça sur ce qui est, en s'attachant tout particulièrement à ce qui peut être changé, et à la volonté de certaines personnes appartenant à ces deux peuples, qui se battent pour la paix et l'égalité, pour la reconnaissance des droits de chacun, à une période où Martin Luther King soulève les foules et proclame haut et fort les paroles que nous connaissons aujourd'hui par cœur, et qui vont profondément marquer nos esprits.


Hilly Holbrook présente sa proposition de loi pour des installations sanitaires réservées aux domestiques. Une mesure de prévention des maladies. Installation de toilettes à bon marché dans votre garage ou dans un appentis extérieur pour les maisons ne disposant pas encore de cet important équipement. Mesdames, savez-vous que : 
— 99 % des maladies des Noirs sont transmises par l’urine. 
— Nous pouvons être handicapés à vie par la plupart de ces maladies, faute d’être protégés par les facteurs d’immunité que les Noirs possèdent en raison de leur pigmentation plus foncée. 
— Les Blancs sont porteurs de certains germes qui peuvent également être nocifs pour les Noirs. 
Protégez-vous. Protégez vos enfants. Protégez votre bonne. Ne nous remerciez pas ! 
Signé : Les Holbrook. 

Vous voyez, je pense que si le Bon Dieu avait voulu que des Blancs et des Noirs restent aussi longtemps ensemble et aussi près pendant la journée, il nous aurait fait incapables de voir la couleur. 

Nous sommes simplement deux personnes. Il n’y a pas tant de choses qui nous séparent. Pas autant que je l’aurais cru.

  

jeudi 9 juillet 2015

16 - Le roi disait que j'étais diable

Auteur : Clarz Dupont-Monod
Éditeur : Grasset


Le roi disait que j'étais diable fait partie des "perdants" de la nouvelle session de mon club de lecture. J'avais bien évidemment voté pour, mais il n'a pas été retenu. Qu'à cela ne tienne, je le lis quand même, na !

C'est tout d'abord le sujet qui m'a attirée. Aliénor d'Aquitaine... Une femme et une reine que j'admire énormément, un sujet que j'aime découvrir, redécouvrir au travers des nombreuses œuvres qui s'en emparent. Pourquoi une telle fascination ? Mais je vous retourne la question, comment pourrait-elle ne pas fasciner ? Descendante d'une lignée d'hommes forts, craints et respectés, Aliénor se marie à 13 ans avec le futur roi de France, Louis VII, alliant ainsi le puissant duché d'Aquitaine au royaume franc. Jeune femme fière, élevée selon des valeurs de courage, de guerre, d'autorité, mais également éduquée à l'amour de la musique, de l'art et du luxe, Aliénor se voit mariée à un homme trop pieux, trop austère, dans un palais trop triste. 

Le roi disait que j'étais diable est ainsi un roman à deux voix, alternant celle d'Aliénor et celle de Louis, roi de France, meurtri entre son amour pour Dieu et sa passion dévorante pour sa femme, qu'il sait inaccessible et indomptable. Nous suivons donc ces deux êtres que tout oppose depuis le jour de leur mariage, jusqu'à son annulation plusieurs années plus tard, pour cause de consanguinité. Des années pendant lesquelles la jeune Aliénor subit les coups du sort, se bat, se perd puis se retrouve, fidèle au sang de ses ancêtres qui coulent dans ses veines ; des années pendant lesquelles la jeune fille se transforme en celle qui sera plus tard la reine d'Angleterre, la femme indomptable, crainte et respectée que l'histoire retiendra.

Oui, ce sujet me fascine. Mais je n'ai pourtant pas été transcendée par ce roman, que j'admets bien écrit, mais qui m'a par moments royalement ennuyée... Il est court, et c'est une bonne chose. Juste le temps pour moi de me plonger avec délices dans ces quelques années de la vie d'Aliénor, sans m’appesantir plus sur la manière dont cette histoire nous est contée.


   

vendredi 3 avril 2015

08 - Manderley for ever


Auteur : Tatiana de Rosnay
Éditeurs : Albin Michel / Héloïse d'Ormesson
Publié en : 2015

Ce début d'année, les librairies ont accueilli à la fois la nouvelle traduction du très célèbre Rebecca de Daphné du Maurier, que je viens tout juste de relire avec beaucoup de plaisir, et la biographie de cette auteur, écrite par Tatiana du Rosnay. Je ne suis pas très fan des biographies en temps normal, mais dans ce cas particulier il m'a semblé intéressant d'enchaîner les deux...

Deux mots sur Tatiana du Rosnay dans un premier temps... Écrivaine et journaliste française, nous la connaissons tous pour son best-seller Elle s'appelait Sarah (que je n'ai pas encore lu !). Depuis toujours, Daphné du Maurier est sa romancière préférée, et c'est tout naturellement qu'elle en est venue à s'intéresser plus profondément à la vie de l'auteur et à en écrire la biographie.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire Manderley for ever, à suivre Tatiana du Rosnay sur les traces de son auteur favorite. On oublie rapidement qu'on est dans une biographie, et on se plonge sans difficultés dans la vie de Daphné, qui, depuis son plus jeune âge, a toujours été différente, en marge de la société dans laquelle elle a grandi. On comprend d'où lui vient son goût de l'écriture, quels événements ont inspiré telle ou telle histoire, ses déboires, ses doutes, jusqu'à la parution de Rebecca, qui a marqué un tournant dans sa vie d'écrivaine. Mais on découvre également la jeune fille, l'adolescente, la femme, la mère, l'épouse, à travers ses amours, ses passions, ses craintes, ses envies. Tout en étant extrêmement bien documenté, cette biographie ne laisse pas de côté les tourments intérieurs de l'auteur. Daphné du Maurier écrivait beaucoup, dans son journal et à ses proches, et il est tout à fait possible de retracer ainsi son état d'esprit au fil des années, ce que parvient très bien à faire Tatiana du Rosnay.

Manderley for ever m'a laissée avec un sentiment de nostalgie vis à vis de Daphné du Maurier, que j'ai découvert et appris à aimer tout au long de ces 400 et quelques pages. Elle m'a donné l'image d'une femme forte, qui a croqué la vie à pleines dents, vivant selon ses envies sans laisser le monde et ses règles prendre le pas sur ce qu'elle était vraiment. Je suis à présent curieuse de découvrir son œuvre, les nombreux romans, biographies et nouvelles qu'elle nous a laissés.


La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays Imaginaire de Peter Pan.

Daphné fait partie de ces écrivains qui préfèrent regarder en arrière, pas de l'avant, qui sont capables de noircir des pages entières sur ce qui fut, un lieu, une trace, mettre des mots sur la fugacité de l'instant, la fragilité du souvenir qu'il faut embouteiller comme un parfum.


Daphné regarde les vagues se briser sur la falaise. Elle ouvre la fenêtre, respire l'air salé de la mer. Cela lui fait du bien, quelques instants. Mais la douleur revient, lancinante. Un romancier qui n'écrit plus est une entité sans vie. Un mort vivant. 




lundi 29 décembre 2014

48 - L'Adversaire

Auteur : Emmanuel Carrère
Éditeur : Folio
Publié en : 2002

Fait divers (source Wikipedia) : Jean-Claude Romand, né le 11 février 1954 à Lons-le-Saunier, est connu pour avoir menti à ses proches pendant 18 ans sur sa vie réelle en s'inventant une profession de médecin et de chercheur et pour avoir assassiné sa femme, ses enfants et ses parents en janvier 1993, car ils étaient sur le point de découvrir la vérité.

Avouez qu'il y a là de quoi intriguer. Moi en tous cas, cette histoire vraie m'a intriguée, et on peut dire que ce drame a obnubilé Emmanuel Carrère pendant quelques temps. Dans L'Adversaire, l'auteur ne fait pas que nous raconter sa vision de cette tragédie, ce qu'il pense en être la raison. Il nous raconte comment, intrigué par cet homme qui a commis l'irréparable, il l'a contacté en prison afin de retracer sa vie, son parcours, et de comprendre comment une chose aussi impensable a pu se produire. Car il n'y a pas seulement le meurtre de sa famille, il y a également 18 ans de mensonges, d'une vie qui n'est et ne sera jamais la sienne, et que personne dans son entourage, pas même sa femme, ni son meilleur ami, n'ont pu soupçonner la supercherie.

Ce fait divers m'a intriguée, oui, et c'est bien ce qui m'a amenée à lire L'Adversaire jusqu'au bout. Car j'ai trouvé que ce n'était pas simple de lire Emmanuel Carrère. Le style est pompeux, lourd, assez indigeste, rendant la lecture pénible par moments. Heureusement que le livre est court, car je suis bien contente d'en être venue à bout.

Au final, le voile ne sera jamais complètement levé sur Jean-Claude Romand. Personne ne pourra jamais savoir qui il était réellement, pour la simple et bonne raison que, convaincu de ses mensonges, il ne le sait pas lui-même... Mais L'Adversaire apporte tout de même un éclairage intéressant, qui répond à pas mal de questions et assouvit sans problème ma curiosité.


Un ami, un véritable ami, c'est aussi un témoin, quelqu'un dont le regard permet d'évaluer mieux sa propre vie, et chacun depuis vingt ans avait sans faillir, sans grands mots, tenu ce rôle pour l'autre.

Les gens ne savent pas ce que c'est, la folie. C'est terrible. C'est ce qu'il y a de plus terrible au monde.

  

mercredi 24 septembre 2014

Annie Sullivan & Helen Keller

Auteur : Joseph Lambert
Publié en : 2013
Éditeurs : çà et là / Cambourakis 

Annie Sullivan & Helen Keller est une bande dessinée nous relatant l'histoire vraie de ces deux femmes.

Fin du XIXe siècle. Annie Sullivan, fille d'immigrés irlandais vivant dans le Massachussets, perd pratiquement la vue à 5 ans. Après une enfance très dure et perturbée, orpheline livrée à elle-même après la mort de son jeune frère dans un hospice aux mœurs douteuses, Annie décide de prendre son destin en main et plaide sa cause auprès d'un représentant de l'État, afin d'intégrer l'Institut Perkins pour les aveugles. C'est à 14 ans que, dépourvue de toute éducation et de savoir vivre, Annie intègre la célèbre école dont elle ressortira diplômée 6 ans plus tard. 

Helen Keller, quant à elle, est une enfant sourde et aveugle depuis sa plus tendre enfance, des suites d'une maladie. Ses parents ayant épuisé leurs ressources auprès de multiples médecins décident de faire appel à l'Institut Perkins pour les aveugles, dernier recours pour inculquer un semblant de vie et de joie dans le quotidien de leur fille de 8 ans. C'est ainsi qu'Annie Sullivan fait la connaissance d'Helen Keller, dont elle devient la perceptrice dans un premier temps, puis l'amie la plus chère.

Le caractère d'Annie, forgé par ses jeunes années dures et solitaires, et l'incroyable volonté d'apprendre d'Helen sont le fondement de l'histoire qui nous est ici racontée par Joseph Lambert. Nous suivons page à page l'évolution d'Helen dans sa compréhension du monde qui l'entoure, un monde qu'elle ne peut se représenter ni par la vue, ni par l'ouïe, et qui pourtant va envahir son esprit de toute sa complexité, sa splendeur et ses couleurs. Une histoire vraiment émouvante qui mérite d'être lue, pour sa véracité et pour la belle leçon de vie qu'elle nous apporte.

J'ai eu un peu de mal à m'habituer aux graphismes de cette bande dessinée, mais je trouve tout de même que l'illustrateur parvient parfaitement à représenter le manque : l'absence de la vue, de l'ouïe, mais également la solitude, la colère, ressortent parfaitement.

Au final, une lecture très intéressante, émouvante, relatant l'histoire de deux personnes admirables qui ont marqué le monde de la recherche pour les aveugles, les sourds et malentendants.



jeudi 5 décembre 2013

61 - Stupeurs et tremblements

Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 1999

On pourrait croire que je lis beaucoup de romans d'Amélie Nothomb en ce moment, mais ce n'est que pure coïncidence. N'ayant rien à lire pour mon trajet du retour, mais beaucoup à lire chez moi, il me fallait un "petit bouche-trou". Stupeurs et tremblements trône sur mon étagère au boulot depuis suffisamment longtemps, j'ai donc sauté sur l'occasion de lire enfin cet ouvrage si célèbre.

Dans la catégorie des romans autobiographiques, nous retrouvons donc ici notre Amélie fraîchement embauchée pour une durée de 1 an dans une société japonaise. Le choc des cultures va être tel que les choses vont forcément mal se passer, et d'interprète, Amélie va devenir comptable, distributrice de courrier, serveuse de café, avant le grand drame final qui la mènera à passer ses journées à récurer les toilettes du 44e étage de la société.

Ce livre est hilarant. En tant qu'occidentale, je comprends tout à fait les difficultés auxquelles Amélie a dû faire face, mais elle a l'art et la manière de le raconter avec un humour de tous les instants et de toutes les situations, même les plus délicates. Le portrait de l'entreprise japonaise qu'elle nous propose ici est fait sans concession, mais, loin de paraître injuste ou méchant, il semble tout à fait réel, et Amélie pousse son humilité jusqu'à nous fournir également un portrait peu flatteur d'elle-même.

Un très bon Nothomb !


"Récapitulons. Petite, je voulais devenir Dieu. Très vite, je compris que c'était trop demander et je mis un peu d'eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus. J'eus rapidement conscience de mon excès d'ambition et acceptai de "faire" martyre quand je serais grande.
Adulte, je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète dans une société japonaise. Hélas, c'était trop bien pour moi et je dus descendre un échelon pour devenir comptable. Mais il n'y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus donc mutée au poste de rien du tout."

  

mercredi 4 septembre 2013

44 - Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates

Auteurs : Mary Ann Shaffer & Annie Barrows
Éditeur : NiL Éditions 
Publié en : 2009

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates... Le titre seul a suffi à capter mon attention. Alors quand j'ai vu quel succès cet ouvrage a rencontré et les très nombreuses critiques plus que positives des lecteurs, je n'ai pas hésité une seconde à me lancer, à mon tour, dans sa découverte.

Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates est un club de lecture créé totalement par hasard par des habitants de l'île de Guernesey, afin d'échapper à la répression nazie. Au départ, ce n'était qu'un prétexte, mais peu à peu, ses membres, qui pour la plupart n'avaient jamais ouvert un livre, se sont pris au jeu et ont usé de ce rassemblement comme distraction pour échapper aux cruels moments qu'ils ont vécu sous l'Occupation allemande. Peu après la guerre, alors que chacun essaie de retrouver un semblant de vie normale à Londres, Juliet, une écrivaine à succès en quête d'inspiration, va être amenée à correspondre avec les membres de ce club. Et c'est à travers ces nombreuses lettres que nous découvrirons un panel de sujets bien divers et prenants, tels que la vie des habitants de Guernesey sous l'Occupation, l'exil de leurs enfants, le rationnement, leurs relations avec les soldats allemands... Mais également leur vie à chacun, avec plusieurs anecdotes plus ou moins drôles et littéraires, attendrissantes dans tous les cas...

Les lettres se suivent et ne se ressemblent pas, et le lecteur se prend facilement à réfléchir, à rire, à s'émouvoir... Car ces bribes de vie qui nous sont offertes sont un témoignage de ce que les habitants de Guernesey ont subi pendant l'Occupation, une question que je n'avais songé à me poser... Alors oui, le sujet est grave, mais les différentes anecdotes nous montrant le quotidien de ces braves gens rendent cette lecture légère et drôle, et cet ouvrage de Mary Ann Shaffer n'en est que plus facile à apprécier. Une très belle lecture, que je recommande sans modération.

"Quand mon fils Ian est mort aux côtés de son père, à El-Alamein, les gens qui me présentaient leurs condoléances ajoutaient souvent : "La vie continue", pour me réconforter. Quelle bêtise, me disais-je. Bien sûr que non elle ne continue pas. C'est la mort qui continue. Ian est mort et il sera encore mort demain, l'année prochaine, à jamais. La mort est sans fin. Mais peut-être y aura-t-il une fin à la tristesse."

"Je n'ai jamais rencontré d'homme ne serait-ce qu'à moitié aussi sincère qu'un chien. Traitez dignement un chien, et il se montrera digne de vous, vous tiendra compagnie, sera un ami dévoué, et ne vous posera jamais de questions. Les chats sont différents, mais je ne leur en tiens pas rigueur."

"Lire de bons livres vous empêche d'apprécier les mauvais.
"

 

lundi 18 février 2013

10 - Au nom de tous les miens

Auteur : Martin Gray
Éditeur : Pocket
Publié en : 2004

Varsovie, 1939. Martin a 14 ans, il est Juif. Il va vivre de l'intérieur la prise de Varsovie par les Nazis, la création du ghetto, la déportation, la fuite puis le retour dans sa ville afin de participer à son insurrection... Entre terreur et misère, Martin refuse de capituler et "joue" plusieurs fois par jour avec la mort afin de combattre à son échelle l'horreur de cette guerre. Ses actes sont soit courageux, soit inconscients, mais lui ont permis de rester en vie lors de cette extermination des Juifs, et de survivre à cette guerre meurtrière et d'en sortir la tête haute, conscient de la valeur de la vie et de l'importance de son témoignage. Mais ses malheurs ne s'arrêteront pas là, et le sort va s'acharner à plusieurs reprises sur Martin, qui gardera toujours cette combativité à toute épreuve, et cet amour de la vie qu'il refuse d'abandonner, au nom de tous les siens.

Ce roman autobiographique nous plonge dans la cruauté de la Seconde Guerre Mondiale. Le témoignage de Martin Gray nous prend aux tripes, et nous ne pouvons qu'avoir du respect et de l'admiration pour ce gosse de 14 ans qui décide de tout risquer pour survivre. Malgré tout ce que j'ai pu apprendre à l'école ou dans les musées sur l'extermination des Juifs, ce qu'ils ont vécu est tellement inhumain qu'à chaque fois que le sujet est abordé, je découvre une horreur sans cesse renouvelée, me laissant en colère contre l'Homme et ce dont il est capable... Quant à Martin Gray, nous ne pouvons que louer son courage, sa volonté de survivre et de crier à la face du monde ce qu'il a vécu, ce qu'il a vu, ce dont les Juifs ont été victimes.

Un témoignage dont il faut lire et comprendre chaque mot, pour que ceux qui ont combattu cette horreur, comme Martin Gray, ne l'aient pas fait en vain.


"Une famille, c'est le monde tout entier et maintenant par leur faute le monde était en miettes. J'ai pensé, ces nuits-là, qu'un jour je reconstruirais un monde à moi, une famille."

"Mon égoïsme c'est ce qu'ils m'ont laissé comme arme, je m'en suis saisi, contre eux. Au nom de tous les miens."


lundi 23 juillet 2012

29 - Hate list

Auteur : Jennifer Brown
Éditeur : Albin Michel (Wiz)
Écrit en : 2009

Directement inspiré des tueries qui ont éclaté en milieu scolaire ces dernières années aux États-Unis, ce roman de Jennifer Brown nous relate l'histoire de Valérie, une lycéenne anéantie par le drame dont elle a été à la fois l'auteur et la victime. Son petit ami, Nick, a tué plusieurs personnes du lycée, avant qu'elle s'interpose en se prenant une balle dans la jambe, et que Nick se suicide. Les victimes n'ont pas été choisies au hasard, elles figuraient toutes sur une liste que Nick et Valérie avaient écrite, regroupant les personnes qui les martyrisaient au quotidien, et dont ils souhaitaient la mort. Sauf que pour Nick, tout cela était bien plus réel et sérieux que pour Valérie.

Considérée à la fois comme une meurtrière et héroïne, Valérie nous raconte son histoire. Deux histoires parallèles en fait. D'un côté, nous revivons au passé les événements qui ont précédé la tuerie. Les relations de Valérie et Nick avec leurs amis et leurs ennemis, leurs pensées, leurs peurs, leurs haines, leur amour bien sûr... Des sentiments bien banals pour deux lycéens. On cherche désespérément le moindre petit indice qui aurait pu alerter Valérie sur la véritable nature de son petit ami, on essaie nous-mêmes de comprendre ce qui a amené Nick à une telle extrémité. D'un autre côté, le présent nous montre une Valérie totalement anéantie, trahie, victime de ses sentiments, qui essaie de se reconstruire sous le regard à la fois accusateur et reconnaissant des élèves de son lycée. Valérie est coupable d'avoir écrit cette liste, d'avoir désigné les victimes, de ne pas avoir compris ce que Nick allait faire. Mais Valérie est également une héroïne, car en s'interposant entre Nick et sa prochaine victime, elle a sauvé la jeune fille (qu'elle détestait puisqu'elle était sur la liste) au risque de sa propre vie.

Une construction très pertinente qui nous amène tout doucement à revivre les événements et à comprendre le présent et les réactions de chacun. On découvre leur haine, leur colère, leur chagrin, leur pardon... J'ai trouvé cette histoire très juste dans les sentiments que les personnages éprouvent, on ne tombe jamais dans le mélodrame. Jennifer Brown a une belle plume, qui va à l'essentiel et on se laisse prendre par cette écriture et par cette histoire. Hate List est un roman d'actualité, qui touche, qui émeut, une belle lecture qui va droit au cœur et qui a même failli m'arracher une larme à la fin...


vendredi 29 juin 2012

27 - Journal d'un corps

Auteur : Daniel Pennac
Éditeur : Gallimard
Écrit en : 2012

Fils d'un homme distingué et cultivé qui se laisse dépérir malgré lui à son retour de la Grande Guerre, le narrateur a passé les premières années de sa vie à se calquer sur ce fantôme de père qu'il chérissait. A 12 ans, suite à une expérience malheureuse pendant laquelle son imagination s'emballe au point de lui faire perdre tout contrôle de lui-même, il décide de prendre conscience de ce corps qu'il a négligé toutes ces années, et d'en tenir le journal. Bien plus qu'un banal journal intime, les cahiers qu'il écrira jusqu'à sa mort, à 87 ans, sont un véritable recueil de sensations physiques diverses et d'expériences sur la compréhension de ce qu'il est physiquement.

Cet ouvrage de Daniel Pennac est un ovni sur la planète littérature. Voilà une idée réellement originale, qui apporte un vrai plus à un banal journal intime relatant la vie du narrateur. Parfois touchant, souvent drôle, on s'attache très facilement à ce jeune garçon "translucide" qui va apprendre petit à petit à comprendre son corps, à prendre conscience de ce qu'il est et de ce dont il est capable. Et c'est avec beaucoup de plaisir qu'on suit son évolution jusqu'à l'âge adulte, ses premières expériences, réussies ou non. Même beaucoup plus âgé, il continuera sans cesse à expérimenter son corps et ses sensations, conséquences de maladie, de l'âge, de tout ce qui l'entoure...

Tout cela vu d'un point de vue strictement masculin bien entendu, et je trouverais intéressante l'idée d'une version féminine qui complèterait ce journal d'un corps pour en faire le journal du corps humain.

  

mardi 18 octobre 2011

37 - Mr. Peanut

Auteur : Adam Ross
Éditeur : 10/18
Année : 2011 

C'est dans le cadre du programme Masse Critique de Babelio que j'ai été amenée à lire ce livre. Le principe est simple, on choisit dans une liste de livres divers et variés ceux qui sont susceptibles de nous intéresser. Un tirage au sort a lieu pour chaque ouvrage, et le gagnant reçoit gratuitement le livre chez lui, en échange de quoi il doit avant 1 mois en faire une critique, positive ou négative peu importe. J'ai donc été tirée au sort pour le livre Mr Peanut, d'Adam Ross.

Ce livre m'a tout de suite plu, par son thème d'une part, puis par les premières pages qui nous plongent directement au coeur de l'action. C'est l'histoire de David Pepin, un brillant concepteur de jeux vidéo, qui se met un jour à rêver que sa femme, Alice, est morte. Parfois il l'assassine, parfois il s'agit d'un accident, mais à chaque fois il en est complètement retourné car il aime sa femme. Il a donc ce genre de rêve récurrent, jusqu'au jour où Alice meurt réellement, et qu'il est accusé de l'avoir assassinée. On ne sait bien évidemment pas au début si oui ou non il a fini par concrétiser ses rêves ou bien si sa femme s'est réellement suicidée...

L'une des choses que j'ai particulièrement aimée pour commencer, c'est que l'histoire se vit de différentes manières. Si un chapitre traite les faits dans l'ordre chronologique, de la vie de couple quotidienne des Pepin à la mort d'Alice, le chapitre suivant nous présente les faits à l'envers, puisque l'interrogatoire de David nous permet de reconstituer ce qui s'est passé avant la mort d'Alice. L'inspecteur chargé de l'enquête et le livre de David nous font découvrir à reculons les faits. On a donc en même temps le début et la fin de l'histoire, et inconsciemment je m'amusais à essayer de comprendre comment Alice est morte, si oui ou non David l'a assassinée, et si oui, pourquoi.

Mais en fait ce livre regroupe trois histoires toutes aussi importantes les unes que les autres. L'histoire "principale", celle qui englobe tout le livre et qu'on retrouve du début à la fin, est celle de David et Alice. Mais on découvre également la vie conjugale de l'inspecteur Hastroll et de sa femme, Hannah, qui décide un beau jour de se mettre au lit et de ne plus jamais en sortir, car elle veut que son mari prenne conscience d'une chose. Mais laquelle ? Enfin, et celle là est ma préférée, on revit à travers un interrogatoire inversé (ou comment un coupable mène l'interrogatoire d'un inspecteur) la vie et le meurtre horrible de Marylin, la femme de l'inspecteur Sheppard*, qui est également en charge de l'enquête sur la mort d'Alice.

Mais les crimes et faits mentionnés ci-dessus ne sont qu'un prétexte au livre qui traite avant tout d'un sujet bien différent : les relations de couple et le mariage. Ainsi, pour chacune de ces histoires, on a une vision de ce que peut être la vie de couple, des difficultés que chacun est mené à affronter, du manque de communication à l'infidélité, ou encore tout simplement la routine. Adam Ross nous offre ainsi trois versions différentes du mariage, chacune plus ou moins vraisemblable, mais qui posent toutes la même problématique : comment deux personnes peuvent être amenées à se haïr tout en continuant à s'aimer...

L'ensemble se lit très bien, les pages se tournent toutes seules malgré quelques longueurs, et j'avais hâte de savoir le fin mot de l'histoire... Le final a d'ailleurs été à la hauteur de mes espérances et bien plus encore. Un très bon moment de lecture, original et prenant, que je conseille vivement à ceux qui veulent essayer quelque chose de différent.


* Petite parenthèse : l'affaire du meurtre de Marylin Sheppard a réellement eu lieu le 4 juillet 1954, Sam Sheppard ayant finalement été innocenté des dizaines d'années plus tard. Cependant elle a été tellement médiatisée qu'elle a inspiré la série Le fugitif. Un film du même nom a été réalisé avec Harrison Ford en 1993. Plus d'informations sur cette sombre affaire à cette adresse : http://faitsdivers.blog4ever.com/blog/lire-article-287239-2010298-docteur_sam_sheppard__le_fugitif.html