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mercredi 28 juin 2017

05 - Le portail

Auteur : François Bizot
Éditeur : Folio

François Bizot est un anthropologue français, spécialiste du bouddhisme du Sud-Est asiatique. En 1971, au Cambodge, il est fait prisonnier par les Khmers rouges, et retenu plusieurs mois en captivité par un lieutenant de Pol Pot, Douch, avec lequel il établira un lien privilégié qui le mènera à la liberté. De tous les détenus présents dans le camp, lui seul en sortira vivant. Dans Le portail, il nous raconte sa détention et la chute de Phnom Penh, qu'il a vécue jusqu'à l'évacuation de la ville.

Avant qu'on me mette cet ouvrage dans les mains, je ne connaissais rien de François Bizot, du Cambodge ou des Khmers rouges. J'ai cette honte de ne m'être jamais intéressée à ce sujet (et la honte qu'on en parle si peu voire pas tout tout dans nos manuels scolaires...). C'est donc en aveugle totale de l'Histoire de ce pays que je me suis plongée dans ce récit, que j'ai découvert au fur et à mesure, avec effarement. Car les Khmers rouges ont commis un véritable génocide dont personne ne parle, décimant 21% de la population cambodgienne de l'époque...

François Bizot nous relate les faits tels qu'il les a vécus, avec sa connaissance de l'instant, ses émotions de l'instant, ses souvenirs de l'instant... Et c'est, je pense, ce qui fait la force de son récit, le lecteur est plongé dans le moment présent, et le réalisme de cette époque nous prend à la gorge à chaque page... Le tout servi par une écriture fluide et travaillée, et qui sait rendre l'information facilement accessible au lecteur.

Plus qu'une "lecture intéressante", Le portail est un témoignage historique essentiel à mettre entre toutes les mains... Je ne prétends pas avoir compris tous les rouages politiques de cette période, ni les tenants et les aboutissants des événements dont nous parle l'auteur. Il est évident que d'autres lectures sur le sujet seront nécessaires pour réellement comprendre ce qui s'est passé et appréhender toute l'horreur de ce génocide. 

Je remercie chaudement celui qui m'a mis ce livre entre les mains, m'ouvrant ainsi les yeux sur le Cambodge et cette période de son Histoire qui ne doit surtout pas tomber dans l'oubli.

 

lundi 29 décembre 2014

48 - L'Adversaire

Auteur : Emmanuel Carrère
Éditeur : Folio
Publié en : 2002

Fait divers (source Wikipedia) : Jean-Claude Romand, né le 11 février 1954 à Lons-le-Saunier, est connu pour avoir menti à ses proches pendant 18 ans sur sa vie réelle en s'inventant une profession de médecin et de chercheur et pour avoir assassiné sa femme, ses enfants et ses parents en janvier 1993, car ils étaient sur le point de découvrir la vérité.

Avouez qu'il y a là de quoi intriguer. Moi en tous cas, cette histoire vraie m'a intriguée, et on peut dire que ce drame a obnubilé Emmanuel Carrère pendant quelques temps. Dans L'Adversaire, l'auteur ne fait pas que nous raconter sa vision de cette tragédie, ce qu'il pense en être la raison. Il nous raconte comment, intrigué par cet homme qui a commis l'irréparable, il l'a contacté en prison afin de retracer sa vie, son parcours, et de comprendre comment une chose aussi impensable a pu se produire. Car il n'y a pas seulement le meurtre de sa famille, il y a également 18 ans de mensonges, d'une vie qui n'est et ne sera jamais la sienne, et que personne dans son entourage, pas même sa femme, ni son meilleur ami, n'ont pu soupçonner la supercherie.

Ce fait divers m'a intriguée, oui, et c'est bien ce qui m'a amenée à lire L'Adversaire jusqu'au bout. Car j'ai trouvé que ce n'était pas simple de lire Emmanuel Carrère. Le style est pompeux, lourd, assez indigeste, rendant la lecture pénible par moments. Heureusement que le livre est court, car je suis bien contente d'en être venue à bout.

Au final, le voile ne sera jamais complètement levé sur Jean-Claude Romand. Personne ne pourra jamais savoir qui il était réellement, pour la simple et bonne raison que, convaincu de ses mensonges, il ne le sait pas lui-même... Mais L'Adversaire apporte tout de même un éclairage intéressant, qui répond à pas mal de questions et assouvit sans problème ma curiosité.


Un ami, un véritable ami, c'est aussi un témoin, quelqu'un dont le regard permet d'évaluer mieux sa propre vie, et chacun depuis vingt ans avait sans faillir, sans grands mots, tenu ce rôle pour l'autre.

Les gens ne savent pas ce que c'est, la folie. C'est terrible. C'est ce qu'il y a de plus terrible au monde.

  

mercredi 21 août 2013

38 - La nostalgie heureuse

Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

Je suis encore novice dans la littérature "nothombienne", mais il me semble qu'il y a deux catégories de livres chez cette auteure : ceux dans lesquels elle raconte une histoire totalement loufoque, et ceux dans lesquels elle raconte sa propre histoire (plus ou moins loufoque).

Le Nothomb "cru 2013" fait partie de cette seconde catégorie. Loin du conte revisité de Barbe bleue paru l'année dernière, nous suivons dans ce court (comme toujours) récit le retour aux sources d'Amélie Nothomb. Un retour vers ce Japon de son enfance, 16 ans après l'avoir quitté (suite aux mésaventures relatées dans Stupeur et tremblements). Là je suis touchée en plein cœur, car étant profondément attachée au pays du Soleil Levant, tout ce qui s'y rapporte m'intéresse au plus haut point.

La nostalgie heureuse porte bien son nom, c'est exactement ce qui ressort de toutes ces émotions successives qu'Amélie éprouvera au fur et à mesure de son retour sur les lieux de son enfance, de ses retrouvailles avec sa nounou, avec son ancien fiancé... Une palette d'émotions un peu contradictoires dans un Japon qui s'acharne à ne pas les laisser transparaître, mais qui nous vont droit au cœur car on les vit à travers les yeux d'une Amélie souvent attendrissante et naturelle.

Je crois bien que pour une fois je peux dire sans ambiguïté que j'ai apprécié ce roman d'Amélie Nothomb. Il fait d'ailleurs référence à deux autres de ses succès que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire : Stupeur et tremblements et Ni d’Ève, ni d'Adam. Je vais y remédier dès que possible !


"Si le temps mesure quelque chose chez un être humain, ce sont les blessures. Je pense n'en avoir eu ni plus ni moins que n'importe qui : beaucoup, donc."

"Tout le monde connaît cette expérience cruelle : découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

"Imaginez une ville qui soit à la fois aussi mystique et sublime que Pagan, aussi riche et bourgeoise que Bordeaux, aussi technologique et chaotique que Seattle : pour autant qu'une telle mixture soit imaginable, c'est ce qui évoque le mieux Kyoto."
  

lundi 18 février 2013

10 - Au nom de tous les miens

Auteur : Martin Gray
Éditeur : Pocket
Publié en : 2004

Varsovie, 1939. Martin a 14 ans, il est Juif. Il va vivre de l'intérieur la prise de Varsovie par les Nazis, la création du ghetto, la déportation, la fuite puis le retour dans sa ville afin de participer à son insurrection... Entre terreur et misère, Martin refuse de capituler et "joue" plusieurs fois par jour avec la mort afin de combattre à son échelle l'horreur de cette guerre. Ses actes sont soit courageux, soit inconscients, mais lui ont permis de rester en vie lors de cette extermination des Juifs, et de survivre à cette guerre meurtrière et d'en sortir la tête haute, conscient de la valeur de la vie et de l'importance de son témoignage. Mais ses malheurs ne s'arrêteront pas là, et le sort va s'acharner à plusieurs reprises sur Martin, qui gardera toujours cette combativité à toute épreuve, et cet amour de la vie qu'il refuse d'abandonner, au nom de tous les siens.

Ce roman autobiographique nous plonge dans la cruauté de la Seconde Guerre Mondiale. Le témoignage de Martin Gray nous prend aux tripes, et nous ne pouvons qu'avoir du respect et de l'admiration pour ce gosse de 14 ans qui décide de tout risquer pour survivre. Malgré tout ce que j'ai pu apprendre à l'école ou dans les musées sur l'extermination des Juifs, ce qu'ils ont vécu est tellement inhumain qu'à chaque fois que le sujet est abordé, je découvre une horreur sans cesse renouvelée, me laissant en colère contre l'Homme et ce dont il est capable... Quant à Martin Gray, nous ne pouvons que louer son courage, sa volonté de survivre et de crier à la face du monde ce qu'il a vécu, ce qu'il a vu, ce dont les Juifs ont été victimes.

Un témoignage dont il faut lire et comprendre chaque mot, pour que ceux qui ont combattu cette horreur, comme Martin Gray, ne l'aient pas fait en vain.


"Une famille, c'est le monde tout entier et maintenant par leur faute le monde était en miettes. J'ai pensé, ces nuits-là, qu'un jour je reconstruirais un monde à moi, une famille."

"Mon égoïsme c'est ce qu'ils m'ont laissé comme arme, je m'en suis saisi, contre eux. Au nom de tous les miens."


mardi 6 novembre 2012

45 - Contes à rebours

Auteur : Nick Flynn
Éditeur : Gallimard
Écrit en : 2010

L'opération Masse Critique de septembre sur Babelio m'a fait le joli cadeau que voici : Contes à rebours, de Nick Flynn. Tout d'abord, un grand merci à Babelio et à Gallimard pour cet ajout à ma bibliothèque.

Nick Flynn est un poète reconnu, ayant reçu plusieurs récompenses, et également professeur à l'université de Houston. Il est l'auteur d'un premier roman sur les sans-abris, qu'il a côtoyés pendant plusieurs années, son propre père ayant vécu dans la rue. Avec Contes à rebours, Nick Flynn reste dans l'autobiographie, mais d'une manière un peu particulière. Tout au long de son récit, on fait des va-et-vient dans le temps, à différentes périodes de sa vie, qui nous en apprennent un peu plus à chaque fois sur lui-même bien sûr, mais également sur sa famille, sur ses relations amoureuses, amicales, sur son travail... Ecrit peu avant la naissance de son premier enfant, ce texte est en fait une véritable interrogation sur la valeur de la vie, son importance et sa place dans ce monde régit par la peur et la terreur. Car Nick Flynn a été profondément marqué par le scandale d'Abou Ghraib, ces photos de prisonniers irakiens torturés et humiliés par des soldats américains, qui ont été dévoilées 2004, créant une polémique sans précédent. L'auteur s'est même rendu en Irak, afin d'interroger les victimes et savoir ce que ces prisonniers ont réellement vécu.

C'est ainsi que ce récit autobiographique mêle évènements personnels et intimes à ces éléments extérieurs de tortures, de violences, d'injustice, qui gouvernent ce monde dans lequel va bientôt naître la fille de Nick Flynn. Il nous livre ses peurs, ses doutes, ses espoirs également. On pourrait penser que ce genre de récit est forcément triste et ennuyeux, mais l'écriture du poète est très bien ressentie. Les choses sont dites, simplement, sans fioriture, l'essentiel étant de les dire. Les chapitres sont courts et variés, évoquant tour à tour sa vie, ses opinions, mais également sa vision d'un tableau de Giotto ou d'un film sur la Guerre d'Algérie. On ne s'ennuie pas, on s'attache à ce texte, en se demandant un peu où ça va nous mener, mais en prenant le temps de bien comprendre ce qui est dit.

Une lecture intéressante, qui nous pousse à réfléchir à certaines choses qui font malheureusement partie de notre quotidien. Une lecture que je ne regrette pas.