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jeudi 20 juillet 2017

06 et 07 - Agatha Raisin enquête T5 et T6 - Pour le meilleur et pour le pire / Vacances tous risques

Auteur : M.C. Beaton
Éditeur : Albin Michel

Après la lecture passionnante mais douloureuse du Portail, il me fallait quelque chose de vraiment léger pour soulager mon esprit... Les aventures rocambolesques d'Agatha Raisin sont tout à fait appropriées pour ce genre de situation, je me suis donc lancée dans la lecture des deux derniers tomes parus à ce jour, Pour le meilleur et pour le pire et Vacances tous risques.

Je ne parlerai pas des intrigues afin de ne pas spoiler ceux qui n'ont pas encore lu le tome précédent. J'ai tout simplement retrouvé le plaisir et l'amusement que je retrouve à chaque fois que je me plonge dans cette collection, qui, il faut l'avouer, ne casse pas trois pattes à un canard, mais permet un pur divertissement, de la rigolade, et aucune prise de tête ! 

Dans la lignée des tomes précédents, et toujours sur fond de meurtre et d'enquête, Pour le meilleur et pour le pire et Vacances tous risques nous prouvent que nous ne sommes pas au bout de nos surprises en suivant Agatha dans ses pérégrinations, loin de là ! Après 6 tomes on pourrait penser connaître le personnage, mais elle arrive toujours à nous surprendre... Et, à mon grand étonnement, James Lacey également, car il se révèle bien plus complexe et mystérieux qu'il ne le laisse paraitre au premier abord ! 

Les deux prochains tomes sont prévus pour novembre, j'ai hâte !

jeudi 3 novembre 2016

31 et 32 - Agatha Raisin enquête - Pas de pot pour la jardinière / Randonnée mortelle

 
Auteur : M. C. Beaton
Éditeur : Albin Michel
















À peine les tomes 3 et 4 des aventures d'Agatha Raisin sortis, j'ai eu envie de me replonger dans la vie trépidante de cette quinquagénaire, jeune retraitée, qui essaie de s'acclimater au climat campagnard après des années de vie londonienne en tant que femme d'affaires impitoyable et crainte de tous. Car elle est exécrable notre Agatha, mais tellement attendrissante aussi ! Je ne sais pas si je la déteste ou bien si je l'adore. Le fait est qu'elle a toujours le chic pour se retrouver au milieu d'enquêtes policières, et qu'elle a pris le goût de les résoudre elle-même ! Enfin, soyons francs, elle n'est pas toute seule, puisque son charmant voisin James Lacey l'accompagne volontiers dans ces investigations...

Dans Pas de pot pour la jardinière, Agatha et James découvrent le corps d'une habitante du village planté dans son jardin. Cette histoire est dans la veine des 2 premiers tomes, même ton, même humour, même Agatha, toujours aussi gaffeuse et désireuse de se mettre au premier plan coûte que coûte. Je dirais que ce tome 3 est sans surprise, mais tout aussi distrayant que les tomes précédents.

Par contre le tome 4, Randonnée mortelle, marque un vrai tournant dans les aventures d'Agatha. Cette fois, l'enquête passe au second plan, laissant la part belle au duo Agatha / James qui prend vraiment de l'ampleur. Je n'en dirai pas plus, Agatha étant ce qu'elle est, elle vous réserve encore quelques belles surprises.

Encore une fois, les aventures d'Agatha Raisin ne cassent pas trois pattes à un canard, mais c'est distrayant, sans prise de tête, et de temps en temps ça fait juste DU BIEN ! Et du coup, j'ai hâte de découvrir la suite, à quand la parution en France ?


mardi 18 octobre 2016

22 - Riquet à la Houppe

Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel

Revoici l'annuelle rentrée littéraire, avec son lot de romans tentant leur chance pour les prix littéraires de l'automne... J'ai beau être dans le milieu, cette course à la popularité ne m'attire pas tellement. Et pourtant, il faut avouer que chaque année je reviens à l'une des plus célèbres de nos auteures. Les romans d'Amélie Nothomb sont, à mon avis, de qualité très inégale, mais un aspect les réunit tous et me pousse vers eux chaque année : leur originalité. Ce cru 2016 se nomme Riquet à la Houppe, et on peut s'attendre avec un titre pareil à une revisite du conte éponyme de Charles Perrault, au même titre que son Barbe Bleue de 2012.

Je ne dirais rien de l'histoire de Riquet à la houppe. L'originalité de l'auteure est telle qu'une simple phrase en 4e suffit à piquer notre curiosité, et je ne souhaite pas gâcher le plaisir de la découverte à qui que ce soit. Ce que je peux dire, en revanche, est que j'ai été très agréablement surprise. J'ai beaucoup aimé cette histoire, sa morale, ses protagonistes. Et pour moi, Riquet à la Houppe est bien meilleur que les "Nothomb" de ces dernières années.

Alors ne vous laissez pas gagner par une lassitude très déplacée dans l’œuvre d'Amélie Nothomb, ce cru 2016 peut vous réserver bien des surprises, et j'espère en tous cas que vous passerez, comme moi, une bonne heure de plaisir littéraire.

Et pour finir, juste un mot pour préciser à quel point c'est agréable de rencontrer une femme aussi adorable, spontanée et généreuse, là où d'autres auteurs bien moins vendeurs ne le sont plus depuis bien longtemps...

jeudi 4 août 2016

20 - Agatha Raisin enquête : Remède de cheval

Auteur : M.C. Beaton
Éditeur : Albin Michel

Il ne m'a pas fallu très longtemps pour me plonger de nouveau dans les aventures d'Agatha Raisin. Il faut dire que les péripéties de cette petite bonne femme ont largement de quoi nous distraire en cette période estivale.

J'avais déjà beaucoup aimé le 1er tome, mais c'est réellement avec Remède de cheval que les aventures d'Agatha Raisin prennent toute leur ampleur, La quiche fatale servant principalement de mise en place du décor et des personnages. 

Nous suivons donc de nouveau ici les déboires d'Agatha afin de s'intégrer à son charmant petit village des Cotswolds. Cette fois, c'est la mort d'un vétérinaire qui titille sa fibre de détective, et c'est accompagnée de son très charmant voisin (qu'elle s'évertue à séduire par tous les moyens possibles et imaginables) qu'elle va mener l'enquête. Nous suivons donc ce duo improbable tout au long de leurs recherches, parsemées de situations cocasses en tous genres. Et on rit, bien plus que dans le 1er tome.

Du pur divertissement à l'anglaise, un livre qui fait du bien et que je recommande !

Les tomes 3 et 4 paraissent en novembre aux éditions Albin Michel, j'ai hâte de les découvrir...


Je pense que vous mettez votre nez partout quand ce n'est pas nécessaire, mais que vous êtes d'une naïveté touchante quand ça l'est.

C'est alors que Freda entra, flanquée d'un homme. Dans son tailleur vert pâle et son corsage de soie blanche, elle avait l'air aussi calme et fraîche qu'une laitue.

- Il y a énormément de veuves dans le coin. Les hommes vivent moins longtemps.
- Du moins quand ils sont mariés.

lundi 18 juillet 2016

18 - Agatha Raisin enquête - La quiche fatale

Auteur : M. C. Beaton
Éditeur : Albin Michel

Agatha Raisin a 53 ans lorsqu'elle décide de réaliser un rêve d'enfant, quitter Londres pour vivre dans un cottage au cœur des Cotswolds. Mais voilà, passer du statut de chef d'entreprise tyrannique qui a l'habitude de se faire obéir au doigt et à l’œil à celui de jeune retraitée fraîchement arrivée dans un endroit inconnu, ce n'est pas si simple. Et Agatha va déployer tous les efforts pour s'intégrer et se faire à sa nouvelle vie. Et pourquoi pas gagner ce concours de quiche organisé par le village ? Ne sachant pas cuisiner, c'est dans une quicherie londonienne qu'Agatha se fournit, mais cela ne suffit pas, elle perd le concours, vraisemblablement truqué... Mais le juge du concours meurt le soir même, empoisonné par la quiche d'Agatha ! Tous les yeux se tournent enfin vers elle, mais certes pas de la manière dont elle le souhait...

Premier tome d'une longue série qui fait fureur outre-manche, La quiche fatale donne le ton des aventures d'Agatha Raisin : SO BRITISH ! C'est distrayant, drôle, l'histoire ne casse pas trois pattes à un canard, mais le décor et les personnages valent le détour. Agatha est une vieille femme aigrie et imbuvable, imbue de sa personne, mais on ne peut que s'attendrir des efforts qu'elle fait pour s'intégrer dans son village, et sa manie de ne jamais lâcher l'affaire lorsque quelque chose la turlupine la mènera à trouver la vérité sur cette affaire de quiche... J'ai beaucoup de sympathie également pour ce policier qui la prend en affection, Bill Wong, un personnage très intéressant et qui capte très rapidement notre attention, et que je me réjouis déjà de retrouver dans les opus suivants de la série.

En bref cette Miss Marple des temps modernes fait une parfaite lecture sans prise de tête pour l'été.

mardi 7 juin 2016

15 - Les Maraudeurs

Auteur : Tom Cooper
Éditeur : Albin Michel

Décidément mes lectures me font beaucoup voyager en ce moment... Après le bush australien, me voici au cœur du bayou, en Louisiane, avec ce roman de Tom Cooper, Les Maraudeurs.

Jeannette est une petite ville de Louisiane qui vit de la pêche à la crevette. Mais après la double tragédie de l'ouragan Katrina et de la marée noire, ses habitants luttent quotidiennement pour survivre au cœur de ces marais appauvris et pollués...

Dans Les Maraudeurs, nous suivons le destin de plusieurs d'entre eux, entre le père et le fils Trench qui essaient de survivre à la disparition de la mère lors de l'ouragan et à des crevettes qui ne les nourrissent plus, Lindquist, un pêcheur manchot dévasté par son addiction aux médicaments et persuadé qu'il trouvera le fameux trésor du célèbre pirate Laffitte au fond du bayou, les frères Toup, qui se sont attribué une île perdue dans le marais pour leur trafic de marijuana, ou encore Grimes, natif de Jeannette mais qui a la ville et ses habitants en horreur, obligé d'y revenir pour le compte de la société pétrolière qui cherche à embobiner les habitants en achetant leur silence sur la catastrophe dont ils sont à l'origine...

Dès les premières pages l'ambiance particulière de la Louisiane est bien présente, et on se laisse bercer par le destin de ces personnages. Mais ce roman est loin de n'être qu'un portrait de la dureté de la vie dans le bayou... Tom Cooper y dénonce aussi bien l'incompétence des autorités suite aux dégâts de Katrina et leur corruption quotidienne, que la main-mise des sociétés pétrolières sur l'image que le monde extérieur peut avoir sur la marée noire, tellement éloignée de la réalité de ceux qui vivent au cœur de ce drame écologique, et bien loin des considérations humaines.

Au final, Les Maroudeurs est un roman qui se lit très bien, avec des personnages attachants, mais qui soulève de nombreuses vérités cachées sous un humour noir et un cynisme permanents.


Ils se remirent au travail. Au bout d'un moment, Hanson retourna la question à Cosgrove et lui demanda comment il avait atterri là.
"Ivresse sur la voie publique", dit Cosgrove.
Hanson secoua la tête et renifla, l'air incrédule. "À la Nouvelle-Orléans ? dit-il. C'est comme si les flics allaient au cimetière coffrer les gens parce qu'ils son morts." 


Ils ne dirent plus rien pendant un moment. Lindquist rejeta à l'eau un poisson-tambour, Wes une petite sébaste criblée de lésions grosses comme des petits piments.
"Tu sens ça ?" demanda Lindquist.
Wes hocha la tête d'un air dégoûté.
"Tu crois qu'il y a du poison là-dedans ?
- À la télé ils disent qu'il n'y a rien. L'Agence de protection de je ne sais plus quoi.
- Protection de l'environnement ?
- Voilà, c'est ça.
- Et tu les crois ?
- J'en sais rien.
- Moi, j'ai vu des crevettes qui n'avaient pas d'yeux, dit Lindquist.
- Moi, un jour, j'ai vu une sébaste qui en avait trois.
- Et moi une sirène avec trois nibards."
Ils pouffèrent de rire.


 

lundi 29 février 2016

08 - Le meurtre de la Saint-Valentin

Auteur : Tom Savage
Éditeur : Albin Michel

Ce roman de Tom Savage a été sélectionné pour la dernière session de Caro-Lire. Autant le dire tout de suite, ce n'est pas du tout le genre de roman qui m'attire en librairie. Publié en 1997, je m'attendais à une vieille histoire vaguement flippante, une vengeance amoureuse qui a mal vieilli. Et bien, figurez-vous que, contre toute attente, j'ai été plutôt séduite par Le meurtre de la Saint-Valentin.

Jill Talbot est une écrivaine de polars à succès, habitant un charmant appartement au cœur de Greenwich Village à New York, vivant une belle histoire d'amour avec Nate, un artiste passionné et follement amoureux d'elle, dont elle est enceinte. Mais ce bonheur se met à trembler peu à peu, lorsque Jill reçoit des lettres de menaces signées par un certain Valentin... Est-ce l’œuvre d'une personne qu'elle connait ou d'un fan dérangé ? Quoi qu'il en soit, Jill décide de ne pas se laisser abattre, prévient la police et engage un détective privé afin de faire la lumière sur toute cette affaire, avant le jour fatidique de la Saint-Valentin...

Le meurtre de la Saint-Valentin est un roman bien ficelé, qui se lit très facilement et très rapidement. D'autant plus rapidement que, sans être l'histoire du siècle, l'intrigue nous tient bien en haleine jusqu'à la fin, et il est difficile de reposer le livre une fois qu'on y plonge... Le mobile du meurtrier est dévoilée très tôt, mais malgré les nombreuses hypothèses plus ou moins justes que j'ai pu élaborer tout au long de la lecture, le mystère de son identité n'est finalement entièrement résolu qu'au dernier chapitre.

Alors oui, c'est une histoire qui a peut-être un peu vieilli, comparée aux polars à succès d'aujourd'hui, bien plus noirs et angoissants, mais ce roman de Tom Savage a tout pour nous faire passer un bon moment, et je remercie grandement mon club de lecture préféré pour sa découverte !


Et de trois, pensa-t-il. Trois d'abattues, il en reste encore une.
La voiture traversa la forêt et s'engagea sur un chemin de campagne pour rejoindre la route, roulant à vitesse modérée, paisible, pour éviter d'éveiller les soupçons. Au moment où elle se fondit dans la circulation, en direction de la ville, il chantonnait :
" My funny Valentine. "
Il pensa au dernier nom qui restait sur sa liste. Il cessa de chanter pour prononcer ce nom dans un souffle, à plusieurs reprises, puis ce souffle devint murmure, et le murmure un cri qui emplit la voiture, tinta dans ses oreilles, résonna à travers la nuit glaciale... 

vendredi 3 avril 2015

08 - Manderley for ever


Auteur : Tatiana de Rosnay
Éditeurs : Albin Michel / Héloïse d'Ormesson
Publié en : 2015

Ce début d'année, les librairies ont accueilli à la fois la nouvelle traduction du très célèbre Rebecca de Daphné du Maurier, que je viens tout juste de relire avec beaucoup de plaisir, et la biographie de cette auteur, écrite par Tatiana du Rosnay. Je ne suis pas très fan des biographies en temps normal, mais dans ce cas particulier il m'a semblé intéressant d'enchaîner les deux...

Deux mots sur Tatiana du Rosnay dans un premier temps... Écrivaine et journaliste française, nous la connaissons tous pour son best-seller Elle s'appelait Sarah (que je n'ai pas encore lu !). Depuis toujours, Daphné du Maurier est sa romancière préférée, et c'est tout naturellement qu'elle en est venue à s'intéresser plus profondément à la vie de l'auteur et à en écrire la biographie.

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire Manderley for ever, à suivre Tatiana du Rosnay sur les traces de son auteur favorite. On oublie rapidement qu'on est dans une biographie, et on se plonge sans difficultés dans la vie de Daphné, qui, depuis son plus jeune âge, a toujours été différente, en marge de la société dans laquelle elle a grandi. On comprend d'où lui vient son goût de l'écriture, quels événements ont inspiré telle ou telle histoire, ses déboires, ses doutes, jusqu'à la parution de Rebecca, qui a marqué un tournant dans sa vie d'écrivaine. Mais on découvre également la jeune fille, l'adolescente, la femme, la mère, l'épouse, à travers ses amours, ses passions, ses craintes, ses envies. Tout en étant extrêmement bien documenté, cette biographie ne laisse pas de côté les tourments intérieurs de l'auteur. Daphné du Maurier écrivait beaucoup, dans son journal et à ses proches, et il est tout à fait possible de retracer ainsi son état d'esprit au fil des années, ce que parvient très bien à faire Tatiana du Rosnay.

Manderley for ever m'a laissée avec un sentiment de nostalgie vis à vis de Daphné du Maurier, que j'ai découvert et appris à aimer tout au long de ces 400 et quelques pages. Elle m'a donné l'image d'une femme forte, qui a croqué la vie à pleines dents, vivant selon ses envies sans laisser le monde et ses règles prendre le pas sur ce qu'elle était vraiment. Je suis à présent curieuse de découvrir son œuvre, les nombreux romans, biographies et nouvelles qu'elle nous a laissés.


La magie des livres est une drogue, un sortilège, une échappatoire, aussi puissante, aussi envoûtante que le Pays Imaginaire de Peter Pan.

Daphné fait partie de ces écrivains qui préfèrent regarder en arrière, pas de l'avant, qui sont capables de noircir des pages entières sur ce qui fut, un lieu, une trace, mettre des mots sur la fugacité de l'instant, la fragilité du souvenir qu'il faut embouteiller comme un parfum.


Daphné regarde les vagues se briser sur la falaise. Elle ouvre la fenêtre, respire l'air salé de la mer. Cela lui fait du bien, quelques instants. Mais la douleur revient, lancinante. Un romancier qui n'écrit plus est une entité sans vie. Un mort vivant. 




mardi 24 mars 2015

07 - Rebecca

Auteur : Daphné du Maurier
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2015 (pour la nouvelle traduction)

J'étais encore au lycée lorsque j'ai lu pour la première fois Rebecca. Malgré les années qui ont passé, j'en avais gardé le souvenir d'un roman angoissant et génial, qui m'avait vraiment captivée à l'époque. J'ai donc profité de la nouvelle traduction qui vient de sortir en librairie pour redécouvrir ce classique de la littérature anglaise. D'ailleurs la jaquette de cette nouvelle édition particulièrement réussie, et bien représentative de l'atmosphère de cette histoire...

Dans Rebecca, nous suivons une narratrice jeune et naïve, ni particulièrement belle, ni particulièrement intelligente, sans perspective d'avenir, qui rencontre lors d'un voyage un riche anglais, Maximilien de Winter, bien plus âgé qu'elle, et veuf depuis peu. Ces deux protagonistes vont tomber amoureux, se marier, et l'histoire commence réellement lorsque Max ramène sa jeune épouse dans sa célèbre et magnifique propriété de Manderley, encore très fortement hantée par la présence de la première Madame de Winter, Rebecca... 

Le suspense psychologique est la spécialité de Daphné du Maurier, et Rebecca en est l'un des meilleurs représentants. Le tour de force est bien entendu de faire d'une personne décédée son personnage principal, qu'on ne voit donc jamais, mais qui envahit tout le récit de sa présente pesante, angoissante et mystérieuse. Et c'est cette atmosphère qui nous tient en haleine tout au long de l'histoire. On veut savoir, on se doute, on émet des hypothèses, jusqu'à ce que la vérité éclate au grand jour et nous permette enfin de lâcher prise et de refermer le livre. J'ai adoré également la propriété de Manderley, sa maison, ses jardins, sa crique en bord de mer, et ses habitants. On ne peut qu'éprouver de la fascination pour ce domaine, on ne peut que l'aimer et rêver d'y aller un jour, d'en savourer chaque décor, chaque odeur, chaque couleur si bien décrits par l'auteur...

Rebecca est (malheureusement) le seul roman de Daphné du Maurier que j'ai lu, et je compte bien prendre le temps d'y remédier. L'univers et la plume de cette écrivaine semblent si riches et fascinants, je ne peux pas risquer de passer à côté d'autres chefs-d'œuvre ! 


- Si seulement on pouvait inventer quelque chose, dis-je vivement, qui conserve un souvenir dans un flacon, comme un parfum, et qui ne s'évapore, ne s'affadisse jamais. Quand on en aurait envie, on pourrait déboucher le flacon et on revivrait l'instant passé. 

Je me demandais combien il pouvait y avoir de gens dans le monde souffrant et continuant de souffrir parce qu'ils ne parvenaient pas à briser leur filet de timidité et de réserve, et qui dans leur aveugle folie construisaient devant eux un grand mur qui cachait la vérité. 

C'était Manderley, notre Manderley secret et silencieux comme toujours avec ses pierres grises luisant au clair de lune de mon rêve, les petits carreaux des fenêtres reflétant les pelouses vertes et la terrasse. Le temps n'avait pas pu détruire la parfaite symétrie de cette architecture, ni sa situation qui était celle d'un bijou au creux d'une paume.

vendredi 28 novembre 2014

45 - Docteur Sleep

Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

Shining a été mon premier roman de Stephen King, et pourtant je l'ai lu il y a à peine 3 ans... Contrairement à la majorité, mes souvenirs sont donc encore assez nets, et les questions que m'ont laissées les dernières pages également : que devient le petit Danny ? comment son Don évolue-t-il ? comment un petit garçon qui a un fardeau aussi lourd à porter et qui a vécu tant d'horreurs peut-il affronter la vie ? Merci à Stephen King d'avoir répondu à ces questions dans Docteur Sleep.

Docteur Sleep, c'est Dan. Le petit Danny a bien grandi, a mal tourné, a touché le fond, s'est retrouvé aux Alcooliques Anonymes, puis a finalement choisi d'utiliser son Don pour aider les pensionnaires mourants d'un hospice à passer de l'autre côté, donnant ainsi enfin un sens à sa vie... Dan a eu maintes fois l'occasion de croiser des personnes possédant le Don, à plus ou moins grande échelle, parfois juste une étincelle. C'est le cas d'Abra, qui a "touché" l'esprit de Dan pour la première fois alors qu'elle avait à peine 2 mois, tant ce Don en elle est puissant. Et puis il y a ces "vampires" qui se font appeler le Nœud Vrai, vivant sur les routes, à la recherche d'enfants possédant ce Don, les kidnappant, les torturant pour les presser comme des oranges et se nourrir de leur vapeur. À partir de là, il est enfantin d'imaginer la réaction du Nœud Vrai lorsqu'ils vont capter l'existence d'Abra, et la puissance exceptionnelle de son Don... Ah oui, j'oubliais, et ne croyez pas que les cendres de l'Overlook ont enterré tous ses fantômes !

J'avais bien aimé Shining, mais sans plus. Par contre j'ai dévoré Docteur Sleep, que j'ai trouvé bien plus dense, bien plus intense, bien plus prenant que son aîné, auquel il donne même plus de substance par ses révélations. Les éléments d'un bon Stephen King sont évidemment là, comme le thème de l'addiction, à l'alcool bien sûr, mais également l'addiction du Nœud Vrai à la vapeur. Les personnages sont aboutis, psychologiquement fascinants, et on n'a aucun mal à s'attacher à eux, ni à les suivre dans leurs aventures. J'ai trouvé l'histoire superbe, jouant plus sur nos émotions que sur nos frayeurs pour une fois, pleine de suspense, d'action et de renversements de situation qui nous font rapidement oublier qu'on a un pavé de 600 pages entre les mains.

J'ai adoré, et je le recommande sans hésiter à tous ceux qui ont lu et aimé Shining, bien entendu (quant aux autres, qu'est-ce que vous attendez pour vous y mettre ???).


L'esprit est un tableau noir. L'alcool, la brosse à effacer.

L'avantage de vieillir, c'est de ne plus avoir peur de mourir jeune.

Les bébés vous raconteraient tous les secrets de l’univers, si seulement ils pouvaient parler. [...] sauf que le bon Dieu s’était arrangé pour que, le temps qu’ils soient capables de dire autre chose que gouh-gouh-gah-gah, ils aient tout oublié, comme nous oublions nos rêves, même les plus lumineux, quelques heures à peine après le réveil.


vendredi 4 avril 2014

16 - Sale gosse

Auteur : Stephen King
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2014 (exclusivité numérique)

L'année dernière, Stephen King nous honorait de sa présence pour la première fois de sa très longue carrière. Pour nous remercier de notre accueil, il nous offre cette nouvelle inédite, parue uniquement en format numérique aux éditions Albin Michel.

Nous suivons la confession d'un prisonnier à son avocat, quelques jours avant sa mise à mort. Hallas a été arrêté pour avoir tué un enfant d'à peine 10 ans de plusieurs balles, et, dans cette nouvelle, l'auteur nous fait revenir sur les différents événements qui ont mené cet homme à commettre de sang froid ce que le commun des mortels considère comme un acte horrible. 

Comme d'habitude, Stephen King nous accroche dès le début du récit, entretient avec brio notre intérêt tout au long de l'histoire et nous laisse avec une boule au ventre au point final. Sale gosse n'est certes qu'une nouvelle, et certainement pas la meilleure, mais qui nous tient en haleine et qu'on découvre avec beaucoup de plaisir.



Je trouve que c’est un don du ciel. Si tout le monde était simple d’esprit, pensez-vous qu’on aurait encore des guerres ? Moi pas.

La Bible dit que le diable a été lâché sur terre pour errer en toute liberté, que même la main de Dieu ne peut l’arrêter. Je ne sais pas si ce sale gosse était le diable, mais c’était un diable, ça oui.


jeudi 5 décembre 2013

61 - Stupeurs et tremblements

Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 1999

On pourrait croire que je lis beaucoup de romans d'Amélie Nothomb en ce moment, mais ce n'est que pure coïncidence. N'ayant rien à lire pour mon trajet du retour, mais beaucoup à lire chez moi, il me fallait un "petit bouche-trou". Stupeurs et tremblements trône sur mon étagère au boulot depuis suffisamment longtemps, j'ai donc sauté sur l'occasion de lire enfin cet ouvrage si célèbre.

Dans la catégorie des romans autobiographiques, nous retrouvons donc ici notre Amélie fraîchement embauchée pour une durée de 1 an dans une société japonaise. Le choc des cultures va être tel que les choses vont forcément mal se passer, et d'interprète, Amélie va devenir comptable, distributrice de courrier, serveuse de café, avant le grand drame final qui la mènera à passer ses journées à récurer les toilettes du 44e étage de la société.

Ce livre est hilarant. En tant qu'occidentale, je comprends tout à fait les difficultés auxquelles Amélie a dû faire face, mais elle a l'art et la manière de le raconter avec un humour de tous les instants et de toutes les situations, même les plus délicates. Le portrait de l'entreprise japonaise qu'elle nous propose ici est fait sans concession, mais, loin de paraître injuste ou méchant, il semble tout à fait réel, et Amélie pousse son humilité jusqu'à nous fournir également un portrait peu flatteur d'elle-même.

Un très bon Nothomb !


"Récapitulons. Petite, je voulais devenir Dieu. Très vite, je compris que c'était trop demander et je mis un peu d'eau bénite dans mon vin de messe : je serais Jésus. J'eus rapidement conscience de mon excès d'ambition et acceptai de "faire" martyre quand je serais grande.
Adulte, je me résolus à être moins mégalomane et à travailler comme interprète dans une société japonaise. Hélas, c'était trop bien pour moi et je dus descendre un échelon pour devenir comptable. Mais il n'y avait pas de frein à ma foudroyante chute sociale. Je fus donc mutée au poste de rien du tout."

  

vendredi 29 novembre 2013

59 - Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

Les lauréats du célèbre prix Goncourt ne m'ont jamais plus intéressée que ça, jusqu'à cet Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre, dont tout le monde me dit tant de bien. J'ai donc décidé cette année de me lancer dans la lecture de ce titre si brillamment primé.

Au revoir là-haut nous parle de l'après guerre. L'intrigue commence en 1918, quelques jours avant l'armistice, alors qu'Édouard se blesse très grièvement en sauvant la vie d'Albert, enterré vivant dans un trou d'obus lors d'une charge de dernière minute menée par le lieutenant Pradelle, un arriviste prêt à tout pour donner vie à ses rêves de gloire. Nous assistons ainsi aux dernières heures de cette guerre sanglante, et aux premières lueurs de cet après-guerre instable. Car on en parle peu de ce qui se passe après : la démobilisation, le rapatriement des corps, le retour à la "vie normale" des soldats et surtout les abus en tous genres qui enrichissent les escrocs les plus insensibles sur le dos d'un peuple meurtri par la guerre...

Le sujet peut sembler grave, lourd et déprimant. Et il l'est, mais pas sous la plume de Pierre Lemaitre, qui fait de son intrigue une épopée rythmée, colorée, dynamique, teintée d'un humour noir omniprésent... Les 100 premières pages sont géniales, on entre très rapidement dans le vif du sujet. Les personnages sont crédibles et attachants, et l'histoire est tout simplement surprenante et inattendue. J'ai dévoré ce livre jusqu'au point final, impatiente de connaître le fin mot de cette histoire abracadabrantesque.

J'ai adoré découvrir cet auteur à travers son premier roman de littérature générale, et j'ai à présent grande envie de le retrouver dans le style qui l'a fait connaître et pour lequel il a déjà été plusieurs fois récompensé, le thriller.

Monsieur Lemaitre, je vous dis donc "à bientôt !".


"Ceux qui pensaient que cette guerre finirait bientôt étaient tous morts depuis longtemps. De la guerre, justement."

"Il perçut très confusément qu'il avait toujours sa jambe, ce qui était vrai. En capilotades, certes, mais encore à même de rendre (au moins partiellement) les services qu'on est en droit d'attendre d'une jambe de retour de la Première Guerre Mondiale."

"Les catastrophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n'y a que les guerres pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre."
  
 

mercredi 20 novembre 2013

57 - Le Voyage d'hiver

Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2009


Parce qu'il n'y a pas qu'en août qu'on lit du Nothomb, et que j'en ai manqué beaucoup avant de m'habituer à la lecture annuelle de cette auteur... Oui je sais, on est fan ou on ne l'est pas, et ses romans ne m'ont pas toujours emballée, et pourtant... Elle a un certain sens de l'originalité qui fait qu'on en veut toujours plus. Je me plonge donc pour cette fois dans le "cru 2009", Le Voyage d'hiver.

Nous rencontrons, dans ce court (comme toujours) roman, Zoïle, un jeune homme qui projette de prendre l'avion et de se faire exploser avec l'appareil et les autres passagers. N'y voyez là aucun acte terroriste, il n'y en a pas. Pourquoi donc Zoïle en est-il arrivé à cette extrémité ? C'est ce qu'Amélie Nothomb nous raconte au travers de l'histoire de cet homme, écrite en salle d'attente avant de prendre le vol fatidique.

Je ne sais pas où l'auteur nous trouve ses prénoms, mais nous avons encore une fois une jolie galerie de personnages dans ce Voyage d'hiver : Zoïle et Astrolabe. Les prénoms ne faisant pas tout, intéressons nous à l'histoire. Je dois dire que j'ai eu du mal à y entrer au début, mais dès qu'on a arrêté de parler de faire exploser un avion et qu'on en est venu à l'histoire entre Zoïle, Astrolabe et Aliénor, c'est tout de suite devenu beaucoup plus intéressant. Mais bon, je suis un peu déçue de n'avoir pas retrouvé le grain de folie qui fait l'originalité des autres romans que j'ai pu lire d'Amélie Nothomb.

2009 est donc pour moi un cru très moyen, que je vais très certainement vite oublier (ça ne va pas non plus m'empêcher de découvrir les titres précédents ^_^).



"Je hais la haine et pourtant je la ressens. Je connais ce venin qui s'inocule dans le sang en une morsure et qui infecte jusqu'à l'os."

"Déclarer que sa vie n'a pas de sens, ce n'est pas sérieux. Dans mon cas, il serait exact de dire que jusqu'ici ma vie n'avait pas d'objet. Et je m'en trouvais bien. C'était une vie intransitive."

"J'ignore ce qu'est la réussite d'une histoire d'amour, mais je sais ceci : il n'y a pas d'échec amoureux. C'est une contradiction dans les termes. Éprouver l'amour est déjà un tel triomphe que l'on pourrait se demander pourquoi l'on veut davantage. "
 

vendredi 1 novembre 2013

52 - Petites scènes capitales

Auteur : Sylvie Germain
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

Pour continuer sur ma découverte de la rentrée littéraire Albin Michel, me voici plongée dans ce roman de Sylvie Germain, Petites scènes capitales. Cet auteur m'a été chaudement recommandée par plusieurs personnes qui la suivent depuis plusieurs années déjà, et cet ouvrage plait beaucoup à mon entourage. Une fois n'est pas coutume, je me lance donc dans cette lecture sur simple recommandation, sans même avoir lu la quatrième, sans savoir à quoi m'attendre.

Petites scènes capitales... Ce titre est très bien trouvé, car ce roman raconte la vie de Lili à travers différentes scènes de son existence, depuis sa plus tendre enfance. Privée de sa mère dès le plus jeune âge, nous allons suivre l'enfant, puis l'adolescente et enfin la femme, tout au long de ces scènes capitales de sa vie, et nous vivrons avec elle le remariage de son père, sa famille recomposée, les différentes épreuves qu'elle traversera au fil des ans... Dans une France de l'après-guerre, l'histoire de Lili se pose également en témoin des préoccupations de cette époque. Les chapitres sont courts, mais on comprend parfaitement l'histoire de Lili sans avoir forcément tous les détails sur ce qui se passe entre ces scènes capitales. L'émotion est très bien décrite et on ressent facilement la palette de sentiments qui la bouleverseront tout au long de sa vie.

Un petit bémol tout de même, puisque j'ai ressenti un peu d'ennui vers la fin du roman, l'auteur se perdant un peu en descriptions et émotions qui selon moi n'apportent plus grand chose à l'histoire... Ce roman de Sylvie Germain reste néanmoins très bien écrit, très agréable à lire, et m'a fait passer un très bon moment.


"Barbara : une chimère miniature engendrée par une mère-fantôme auréolée d'une flaque de soleil."

"Pourquoi suis-je là, pourquoi suis-je moi, en vie, telle que je suis, en cet instant ? Qu'est-ce que je fais là sur la terre ? A quoi bon ? Oui, à quoi bon exister ? A quoi bon moi ?" 

"Il reste Lili, sa fille unique, la discrète, l'invariable, la toujours-là. Peut-être est-il tellement habitué à elle qu'il ne la remarque plus guère, elle est une évidence, un acquis sûr."

  

mardi 15 octobre 2013

49 - Une rançon

Auteur : David Malouf
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013


Souvenez-vous de L'Illiade d'Homère et imaginez-vous au cœur de la guerre de Troie. Imaginez Achille, encore dévasté par la mort de son ami Patrocle, venant tout juste de tuer Hector. Imaginez Priam, roi de Troie, réclamant au héros le corps de son fils. On pourrait à juste titre penser à une histoire pleine d'aventures et de rebondissements, de sang et d'action. Et bien il n'en est rien. Car ici, dans cette version que nous offre David Malouf, nous plongeons au cœur des sentiments humains de ces protagonistes que nous ne connaissons que pour leurs exploits guerriers.

Je dois dire que ce roman est assez intrigant. Dès les premières lignes, une telle poésie enveloppe chaque mot, chaque phrase, qu'on se demande un peu de quelle histoire il s'agit... Quel est l'intérêt d'une nouvelle version de cet épisode de la guerre de Troie ? Mais la beauté de l'écriture envoûte rapidement le lecteur, et on se prend à revivre cette épopée bien différemment... Achille et Priam, deux hommes qui ont aimé et perdu un être cher, deux hommes que tout oppose mais qui vivent leur douleur chacun à leur manière. Deux hommes qui, ici, sont plus que jamais humains. C'est ce que nous raconte David Malouf dans Une rançon, avec une prose envoûtante et une poésie de chaque instant.

Un livre qui, au premier abord, peut paraître bien ennuyeux, mais qui se révèle être un véritable petit bijou de littérature.


"Il attend la déchirure. Que quelque chose survienne qui rompra le sortilège qui le lie, la fureur dévorante qui l'anime et ruine de désespoir son esprit. Quelque chose de neuf et d'inimaginable encore, dont la rencontre viendra le confronter à la nécessité de s'arracher à l'étouffante toile grise qui l'enserre."

"C'est ma chair que l'on traîne dans la poussière là-bas. Par sept fois déjà j'ai pleuré un fils dans cette guerre. Et de chacun, ce que je me rappelle, ce sont les petits coups de pied qu'ils me donnaient sous le cœur – ici, juste ici –, et le premier cri qu'ils ont poussé quand je les ai mis au monde, et leurs premiers pas."

"Il ne lui était jamais venu à l'esprit que la nourriture qui arrivait si promptement sur sa table, et en telle abondance, pût renfermer des ingrédients. Qu'une crêpe, ou galette, pût se présenter sous la forme antérieure d'une pâte. Que cette pâte pût consister en un mélange de bonne farine de sarrasin et de babeurre, et que cette bonne sensation qu'on en retirait pût dépendre de l'épaisseur de la pâte ou de la légèreté du poignet."

 

dimanche 1 septembre 2013

43 - Juste avant le bonheur

Auteur : Agnès Ledig
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013


Ce roman d'Agnès Ledig a eu beaucoup de succès et m'a été fortement recommandé par mon entourage littéraire. C'est donc en sachant que l'histoire n'est pas forcément gaie et qu'elle déborde d'émotions que je me suis lancée dans Juste avant le bonheur.

Julie a 20 ans, un enfant de 3 ans et un boulot de caissière qui lui bouffe son énergie et son moral. Paul est un homme âgé, aisé, célibataire pour la première fois depuis plus de 30 ans, qui essaie de donner enfin un sens à sa vie, de regarder vers l'avant au lieu de rester fixé sur le passé. Lorsque Paul passe à la caisse tenue par Julie, quelque chose se passe, un je-ne-sais-quoi initié par le destin, qui va lier ces deux âmes pour le reste de leur vie. C'est ainsi que Paul emmène Julie et son fils en vacances en Bretagne, accompagnés de Jérôme, son propre fils, médecin, dont la femme s'est suicidée il y a 3 mois, et qui n'arrive plus lui-même à vivre... 

Mes mouchoirs sont restés dans leur boîte, mais je dois avouer que ce livre est un condensé d'émotions en tous genres, qui nous assaillent du début à la fin. La colère, la tristesse, l'amour, la détresse, la joie... Mais l'émotion la plus présente est bel et bien l'espoir. Car cette histoire ne nous raconte pas seulement la vie de personnes meurtries par la destinée, mais plutôt de personnes qui cherchent à avancer, à aller de l'avant, malgré toutes les épreuves qu'elles ont dû et qu'elles doivent encore affronter. 

Au final, un livre qui fait certes pleurer à l'intérieur, mais qui fait du bien également, car cette belle histoire nous rappelle la valeur de la vie et le plaisir de vivre chaque instant intensément, en appréciant chaque petite chose de notre quotidien pour en faire une vie pleine et heureuse.


"Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous…Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d'onde, ou dans la même illusion." 

"Ce n'est pas de géographie dont il est question dans ce voyage. Plutôt des profondeurs humaines et de ses forêts impénétrables."

"- Ce n'est pas la vie qui est belle, c'est nous qui la voyons belle ou moins belle. Ne cherchez pas à vouloir atteindre un bonheur parfait, mais contentez-vous des petites choses de la vie, qui, mises bout à bout, permettent de tenir la distance."

  

mardi 27 août 2013

40 - La poupée

Auteur : Daphné du Maurier
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

J'ai découvert et adoré Daphné du Maurier au travers de son célèbre Rebecca, que j'ai lu très jeune. Ce sont ici les prémices de son talent qui nous sont proposés avec ce recueil de nouvelles inédites et oubliées, écrites à l'aube de sa carrière, alors qu'elle avait à peine 20 ans...

Ces quelques nouvelles, retrouvées des années après la publication des grands succès de Daphné du Maurier, nous montrent déjà le génie en herbe qu'était la jeune femme lorsqu'elle les a écrites. On retrouve dès les premières lignes et dans la plupart de ces courtes histoires cette même sensation de malaise, cette atmosphère en suspens, ce sentiment que derrière ce qui n'est pas écrit se cache quelque non dit maléfique, tapi dans l'ombre. Les autres nouvelles sont certes plus sages, mais intéressantes sur le plan humain. On peut dire que l'auteur savait déjà, si jeune, comment faire surgir de ses personnages les travers de l'âme humaine, ses vices, ses rêves brisés et ses désillusions. L'écriture en elle-même est très agréable, frisant parfois la poésie en jouant avec les mots et les métaphores pour rendre compte de la manière la plus belle qui soit de la médiocrité humaine qu'elle nous relate.

Ces nouvelles ne sont pourtant pas toutes du même niveau selon moi, et j'ai trouvé que certaines d'entre elles ne méritaient pas réellement leur place dans ce recueil. Elles font cependant partie d'un tout très agréable, qui se lit facilement, et qui montre bien quel écrivain de génie allait bientôt devenir Daphné du Maurier.


"Elle pria pour que la naissance du jour ne soit pas paisible, comme l’était l’aube d’habitude, mais sauvage ; pour que le soleil brûle les champs et que le vent balaye la mer aux franges d’écume, semant la destruction."

"Alors c’était ça l’âge adulte : un tissu sordide de relations intimes, aussi complexes qu’ignobles. Rien de charmant ni de romantique."

"Tu fais tellement partie de moi que rester seule me laisse muette, sans paroles, sans yeux. Comme un arbre aux branches coupées, comme quelqu’un sans mains. La vie ne vaut rien si je ne peux pas tout en partager avec toi – la beauté, la laideur, la douleur. Il ne doit y avoir aucune ombre entre nous, aucun recoin muet dans nos cœurs."
  
 

mercredi 21 août 2013

38 - La nostalgie heureuse

Auteur : Amélie Nothomb
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

Je suis encore novice dans la littérature "nothombienne", mais il me semble qu'il y a deux catégories de livres chez cette auteure : ceux dans lesquels elle raconte une histoire totalement loufoque, et ceux dans lesquels elle raconte sa propre histoire (plus ou moins loufoque).

Le Nothomb "cru 2013" fait partie de cette seconde catégorie. Loin du conte revisité de Barbe bleue paru l'année dernière, nous suivons dans ce court (comme toujours) récit le retour aux sources d'Amélie Nothomb. Un retour vers ce Japon de son enfance, 16 ans après l'avoir quitté (suite aux mésaventures relatées dans Stupeur et tremblements). Là je suis touchée en plein cœur, car étant profondément attachée au pays du Soleil Levant, tout ce qui s'y rapporte m'intéresse au plus haut point.

La nostalgie heureuse porte bien son nom, c'est exactement ce qui ressort de toutes ces émotions successives qu'Amélie éprouvera au fur et à mesure de son retour sur les lieux de son enfance, de ses retrouvailles avec sa nounou, avec son ancien fiancé... Une palette d'émotions un peu contradictoires dans un Japon qui s'acharne à ne pas les laisser transparaître, mais qui nous vont droit au cœur car on les vit à travers les yeux d'une Amélie souvent attendrissante et naturelle.

Je crois bien que pour une fois je peux dire sans ambiguïté que j'ai apprécié ce roman d'Amélie Nothomb. Il fait d'ailleurs référence à deux autres de ses succès que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire : Stupeur et tremblements et Ni d’Ève, ni d'Adam. Je vais y remédier dès que possible !


"Si le temps mesure quelque chose chez un être humain, ce sont les blessures. Je pense n'en avoir eu ni plus ni moins que n'importe qui : beaucoup, donc."

"Tout le monde connaît cette expérience cruelle : découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

"Imaginez une ville qui soit à la fois aussi mystique et sublime que Pagan, aussi riche et bourgeoise que Bordeaux, aussi technologique et chaotique que Seattle : pour autant qu'une telle mixture soit imaginable, c'est ce qui évoque le mieux Kyoto."
  

mardi 30 avril 2013

22 - L'Eternel

Auteur : Joann Sfar
Éditeur : Albin Michel
Publié en : 2013

Je l'attendais avec beaucoup d'excitation, ce premier roman de Joann Sfar. J'aime beaucoup son œuvre (du moins le peu que j'en ai vu et lu), et l'humour qu'il glisse au travers de ses histoires. Et, autant le dire tout de suite, je n'ai pas du tout été déçue par L’Éternel, qui m'a fait passer un très bon moment.

Ce roman est du grand n'importe quoi, mais dans le bon sens du terme. Dès qu'on croit qu'on comprend de quoi ça parle et quelle est l'histoire, un rebondissement nous ramène au point de départ, et nous devons changer systématiquement notre point de vue sur l'histoire. Tantôt récit de guerre avec ses horreurs, ses victimes, ses viols... tantôt récit fantastique, avec la naissance du vampire et la découverte de sa condition... tantôt conte avec son lot de créatures surnaturelles... tantôt réaliste avec le retour à la psychanalyse terre à terre... tout ça pour mener à un grand tout qu'on ne peut catégoriser, mais un grand tout franchement distrayant ! J'ai été écœurée par certains passages, émue par d'autres puis j'ai éclaté de rire à plusieurs reprises, et à aucun moment je ne me suis ennuyée. Alors oui, je m'attendais à aimer ce livre, mais je ne m'attendais pas du tout à ce genre d'histoire et j'ai été très agréablement surprise...

Certes, on peut dire qu'il s'agit d'un énième roman de vampires, et je n'irai pas jusqu'à clamer que Joann Sfar a renouvelé le genre. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il parvient avec cet Éternel à surprendre et à distraire. Que demander de plus ?


"Le vampire poussa un cri qu'il ne connaissait pas. Si l'on avait écrasé une scolopendre et qu'en expirant elle se fût vidée de son air, et si l'air expurgé avait traversé une crécelle, peut-être aurait-on obtenu un bruit semblable."

"Il se force à ne pas me sauter dessus. Il essaie de se convaincre que je ne suis pas son dîner, ou qu'il n'a pas faim. Combien de temps ça reste efficace, chez un vampire, le surmoi ?"

"Mon petit, lâcha-t-il, un chrétien qui s'adonne à la psychanalyse me semble aussi incongru que Madonna avec son bracelet de kabbaliste !"